‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 318 sur 373 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

CLÉOPATRE

Enfin, irr^ices aux dieux, j'ai moins d'un ennemi. La mort de Séleums m'a vengée à demi ; Son ombie, en allcndant Rodogune et son frère, Peut déjà de ma |iart les promettre à son père : Ils le suivront de j>rès, et j'ai tout préparé Pour réunii' bientôt ce que j'ai séparé.

0 toi, qui n'attends pkis cpie la cérémonie Pour jeter à mes pieds ma rivale punie, Et par qui deux anmnls vont d'un seul coup du sort Recevoir Ihyménée, et le trône, et la mort ; Poison, me sauras-tu rendre mon diadème ? Le ferm'a bien servie, en feras-tu de méine ? Me seras-tu fidèle ? Et toi, que me veux-tu, Ridicule retour d'une solle vertu.

Tendresse dangereuse autant conmie importune ? Je ne veux point pour fils lépoux de Rodogune, Et ne vois plus en lui les restes mon sang. S'il m'arrache du trône et la met en mon rang.

Reste du sang ingrat d'un époux infidèle, Héritier d'une Uamme envers moi criminelle, Aime mon ennemie, et péris comme lui.

Pour la faire tomber j'abattrai son appui : Aussi bien sous mes pas c'est creuser un abîme Que reteiiir ma main sur la moitié du crime ! Et, te faisant mon roi, c'est trop me négliger,

Que le laisser sur moi père et frère à venger. Qui se venge à demi court lui-même à sa peine : Il faut ou condamner ou couronner sa haine. Dût le peuple en fureur pour ses maîtres nouveaux, De mon sang odieux arroser leurs tombeaux, Dût le Partlie vengeur me trouver sans défense, Diit le ciel égaler le supplice à l'olfense, Trône à l'abandonner je ne puis consentir; Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir; Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange. Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge! J'en recevrai le coup d'un visage remis : Il est doux de périr a|irès ses ennemis; Et, de quelque rigueur que le destin me traite, Je perds moins à mourir qu'à vivre sa sujette. Mais voici Laonice; il faut dissimuler Ce que le seul effet doit bientôt révéler.

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