‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 354 sur 373 · SCÈNE II PRUSIAS, ARSINOÉ, NICOMÉDK, ARASPK · texte numérisé non relu

SCÈNE II PRUSIAS, ARSINOÉ, NICOMÉDK, ARASPK

GARDES

ARSINOK.

Grâce, grâce, seigneur, à notre unique appui ! Grâce à tant de lauriers en sa main si fertiles! Giâce à ce conquérant, à ce preneur de villes! Grâce...

NiroMKDE.

De quoi, madame ? est-ce d'avoir conquis Ti ois sceptres, que ma perle expose à votre fils? D'avoir j)orté si loin vos armes dans l'Asie, Que même votre Rome en a pris jalousie ? D'avoir trop soutenu la majesté des rois? Trop rempli votre coin- du bruit de mes exploits? Trop du grantl Annihal jiratiqué les maximes? S'il faut grâce pour moi, choisissez de mes crimes, Les voilà tous, madame; et si vous y joignez D'avoir cru des méchanlsparquelqueautre gagnés. D'avoir une âme ouverte, une franchise entière, Qui, dans leur artifice, a manqué de lumière. C'est gloire et non pas crime à qui ne voit le jour Qu'au milieu d'une armée, et loin de votre cour, Qui n'a que la vertu de son intelligence, Et, vivant sans remords, marche sans défiance.

ARSINOÉ

Je m'en dédis, seigneur, il n'est point criminel. S'il m'a voulu noircir d'un opprobre éternel, 11 n'a fait qu'ol)éir à la haine ordinaire Qu'imprime à ses pareils le nom de belle-mère. De cette aversion son cœur préoccupé M'impute tous les traits dont il se sent frappé. Que son maître Annihal, malgré la foi publique,

422 MCOMEDE, TRAGÉDIE.

S'abandonne aux fureurs d'une terreur panique; Que ce vieillard confie et gloire et liberté Plutôt au désespoir qu'à l'iiospitalité ; Ces terreurs, ces fureurs sont de mon artifice. Quelque appas que lui-même il trouve en Laodice, C'est moi qui fais ({u'Atlale a des yeux comme lui; C'est moi qui force Rome à lui servir d'appui ; De celte seule main part tout ce qui le blesse ; Kt pour venger ce maître et sauver sa maîtresse, S'il a tâché, seigneur, de m'éloigner de vous, Tout est trop excusable en un amant jaloux. Ce faible et vain effort ne touche point mon âme. Je sais que tout mon crime est d'être votre femnje ; Que ce nom seul l'oblige à me persécuter : Car enfin hors de laque peut-il m'imputer ? Ma voix,depuisdix ans qu'il commande une armée, A-t-elle refusé d'entier sa renommée?

Et lorsqu'il l'a fallu puissamment secourir, Que la moindre longueur l'aurait laissé périr, Quel aulie a mieux |)ressé les secom's nécessaires? Qui l'a mieux dégagé de ses destins contraires? A-t-il eu prés de vous un plus soigneux agent Pour hâter les renforts et d'hommes et d'argent ? Vous le savez, seigneur, et pour reconnaissance, Après l'avoir servi de toute ma puissance, Je vois qu'il a voulu me perdre auprès de vous ; Mais tout est excusable en un amant jaloux; Je vous l'ai déjà dit.

PursiAs.

Ingrat ? que peux-tu dire ?

MCOMÈDE.

Que la reine a pour moi des bontés que j'admire. Je ne vous dirai point que ces puissants secours Dont elle a conservé mon honneur et mes jours, Et qu'avec tant de pompe à vos yeux elle étale, Travaillaient par ma main à la grandeur d'Altale ; Que par mon propre bras elle amassait pour lui. Et préparait dès lors ce qu'on voit aujourd'hui. Par quelques sentiments qu'elle ait été poussée. J'en laisse le ciel juge, il connaît sa pensée ; Il sait pour mon salut comme elle a fait des vœux ; Il lui lendra justice, et [leut-être à tous deux.

Cependant, yiuisqué enfinl'apparenceestsi belle. Elle a parlé pour moi, je dois parler pour elle, Et pour son intérêt vous faire souvenir

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