‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 43 sur 373 · ACTE V, SCKXE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCKXE I

Celui qui n'a pas craint les Maures, ni mon pure, Va combattre don Sanche, et déjà désespère! Ainsi donc au besoin ton courage s'abat?

D. RODRIGl'E.

Je cours à mon supplice, et non pas au combat; Et mn fidèle aidciu" sait bien m'ùter l'envie. Quand vous cliercbez ma mort, de défendre ma vie. J'ai toujours même cœur; mais je n'ai point de bros Quanid il faut conserver ce qui ne vous plaît pas; Et déjà cette nuit m'aurait été mortelle. Si j'eusse coml)altu pour ma seule querelle; Mais défendant mon roi, son peuple et mon pays, A me défendre mal je les aurais trahis. Mon esprit .cénéreux ne hait pas tant la vie, Qu'il on veuille sortir par une perfidie: Maintenant qu'il s'ag-itde mon seul intérêt. Vous demandez ma mort, j'en accepte l'arrêt. Votre ressentiment choisit la main d'un autre; Je ne méritais pas de mourir de la vôtre. On ne me verra pas en repousser les coups; Je dois plus de respect à qui combat pour vous; Et, ravi de penser que c'est de vous (ju'ils viennent. Puisque c'est voire honneur que ses armes soutien- Je lui vais présenter mon estomac ouvert, [nent. Adorant en sa main la v(Mre qui me perd.

CIIIMÈNK.

.Si d'un triste devoir la juste violence.

Qui me fait malgré moi poursuivre ta vaillance.

Prescrit à ton amour une si forte loi

Qu'il te rend sans défense à qui combat pour moi,

En cet aveuglement ne perds pas la mémoire

Qu'ainsi que de ta vie il y va de ta gloire.

Et que, dans quelque éclat que Rodrigue ait vécu,

Quand on le saura mort, on le croira vaincu.

Ton houneur t'est plus cher que je ne te suis chère,

Puisqu'il trempe tesmainsdansie sang de monpère,

Et te fait renoncer, malgré ta passion,

A l'espoir le plus doux de ma possession:

Je t'en vois cependant faire si peu de compte,

Que sans rendre combat tu veux qu'on te surmonte.

Quelle inégalité ravale ta vertu?

Pourquoi ne l'as-tu plus? ou pourquoi l'avais-tu?

Quoi f n'es-tu généreux c{ue pour me faire outrage?

S'il ne faut m'offenser, n'as-tu point de courage?

Et traites-tu mon père avec tant de rigueur,

Qu'après l'avoir vaincu tu souffres un vainqueur? Va, sans vouloir mourir, laisse-moi le poursuivri-, Et défends ton honneur si tu ne veux plus vivre.

D. RODRIGUE

Après la mort du comte, et les Maures défaits, Faudrait-il à ma gloire encor d'autres effets? Elle peut dédaigner le soin de me défendre ; On sait que mon courage ose tout entreprendre, Que ma valeur peut tout, et que dessous les cieux. Auprès de mon honneur, rien ne m'est précieux. >«on,non,en ce combat, quoi que vous veuillez croire, Rodrigue peut mourir sans hasarder sa gloire, Sans qu'on l'ose accuser d'avoir manqué de cœur. Sans passerpour vaincu, sans souffrir un vainqueur. On dira seulement : « Il adorait Chimène ; » Il n'a pas voulu vivre et mériter sa haine ; » Il a cédé lui-même à la rigueur du sort » Qui forçait sa maîtresse à poursuivre sa morl^ : >' Elle voulait sa tète ; et son cœur magnanime, » S'il l'en eût refusée, eût pensé faire un crime. » Pour venger son honneur il pei dit son amour, )) Pour venger sa maîtresse il a quitté le jour, » Préférant (quelque espoir qu'eût son àme asservie) » Son honneur à Chimène, et Chimène à sa vie. •> Ainsi donc vous verrez ma mort en ce combat, Loin d'obscurcir ma gloire, en rehausser l'éclat; Et cet honneur suivra mon trépas volontaire, - Que tout autre que moi n'eût pu vous satisfaire.

CHIMKNE.

Puisque, pour t'empècher de courir au trépas, Ta vie et ton honneur sont de faibles appas, Si jamais je t'aimai, cher Rodrigue, en revanche, Défends-toi maintenant pour m'ùler à don Sanche ; Combats pour m"allrancliir d'une condition Qui me donne à i'objet de mon aversion. Te dirai-je encor plus ? va, songe à ta défense. Pour forcer mon devoir, pour m'imposer silence : Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris. Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix. Adieu : ce mot lâché me fait rougir de honte.

D. RODRIGUE, SCnl.

Est-il quelque ennemi qu'à présent je ne dompte? Paraissez, 5iavarrois, Maures, Castillans, Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants; Unissez-vous ensemble, et faites une armée,

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