‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 51 sur 373 · ACTE PJIKMIEK scèm: i · texte numérisé non relu

ACTE PJIKMIEK scèm: i

.SABINE, .11 l.li:.

SABINK.

A|t|tii)UYi'Z ma fiiil)li'ssc, et i»laiiriiez ma doulciii-: Elle n'est »juo lioj» juste en un si grand malheur: Si près de voir sur soi fondre de tels orages, I.éltianlement sied l)ien aux plus fermes courages; l'".l Tesprit le plus mâle et le moins abattu Ne sauioit sans d«'-sordre exercer sa vertu. Ouolipic !'■ niirn s'élonne à ces rudes alarmes,

02 llOHACi:, TU Ali H DIE.

Le Iroiihle de mon cti'iir no iionl rien sur mes lar- Et,parmiles.soapirs(|u'il pousse verslesoieux, [mes, Ma conslanef! du moins règne encorsur mes yeux : QuandonarrôleUilesdr|iluisirsd"nneàme,[femnie; Si l'on fait moins (|u'un homme, on lait plus ([u'une Commander à ses pleurs en celle exlrémité, C/esl nmnlier pour le sexe assez de fermelé.

JULIE

(Vcn est peut-ôtre assez pour une âme commune, Qui du moindie péril se lail une infortune; Mais de cette faiblesse un grand co'ur est honteux ; Il ose es|tt''rer tout dans un surcès douteux. Les deux eani|tssoid rangés au i)ied de nos murailles ; Mais Rome ignore encor comme on perd d(N halail- LoindelriMnhlerpourclle, il lui faut applaudir : [ les. I>uis(prclle va combattre, elle va s'agrandir. Hannissez, bannissez une frayciM' si vaine, Kl concevez des vo'ux dignes dune Homaine.

SABINE

.If suis Romaine, hélas îjiuisijue Horace est Romain ; J'fMi ai reçu le titre en recevant sa main; Mais ce no-ud me tiendrait en esclave enchaînée, S'il m'emiièchail de voir en (piels lieux je suis née. Albe, où j'ai conunencé de respirei' le jour, .\lbe, mon cliei- pays, etjnon premier amour: Lorsiju'entre nous et toi je vois la guerre ouvi-rle, Je crains notre vicloiie autant (pie notre [)erte.

l{ome, si tu te plains (jue c'e>t là te Iralùr, Tais-toi des ennemis que je jtuisse haïr. Quand je vois de tes muis leur armée et la iiôlre. Mes trois fièresdansTune, et mon mari dans l'autre, Puis-je former des vomix, et sans impiété Importuner le ciel pour la félicité?

Je sais cpie ton Liai encoie en sa naissance. Ne sauiait, sans la guerre alfermir sa puissance; Je sais (pi'il doit s'accroître, et cpie tesgrandsdestins ÎSe le borneionl pas chez les jteuples latins; Que les dieux t'ont promis l'empire de la leire, Lt (jue tu n'en peux voir l'elfel (pie jiar la giieiic: Rien loin de m'o|i[ioser à celte noble ardtMir Qui suit l'arrêt (le> dieux et court à ta grandeur. Je voudiais d(V|à voir les li()U|((;s couronnées, U'un j»as vicloiieux fianchii- les Pyrénées. Va jusipTen rOri(!nt poussier tes bataillons; Vu sur les bords du illiin piauler tes pavillons:

\CTV. I, ?ci:nk I. r:]

Fais fii'iiilili'i' sdiis [(•<■ pas les foloiiiics d'Ilrrruli', Mais n.'Sjit'clc iirif ville à (jui lu tioiv Uoniiile. Iiigralo, soiivif-ns-lni (jiif du sani: de ses rois Tu liens Ion iiorn, tes murs el les |>remit''res lois. Albe esl Ion oriiriiw', arit'le, el ronsidt've U'io lu portes If ft-r dans le sein de la nu'^re. T(»iirne ailleurs l<s rllorls de les l»ras lrioni|diaiils : Sa joie érlad-ra dans llicur de se< enfanls; Kl, se laissant ravir à l'arnonr nialernejle, Sesvœuxseronl pour loi, si lu n'es jdus contre elle.

Jl LIK.

(!e discours nie siu'prend, vu ([ue depuis le temps Qu'on a contre son |>eupl<' arint'- nos comlialtants, Je vous ai vu poin- elle autant d'indillV-rencf Que si d'un sani: l'omain vous aviez pris naissance. J'admirais la vertu (pii réduisait en vous Vos plus chers intérêts à ceux di- votre époux; Kl je vous consolais au milieu de vos plaintes. Comme si nolie Uom<' eût l'ail toutes vos craintes.

SADINK.

Tant qu'on nes'eslclioqué (ru'en de léirers combals, Trop faillies pour jeter un di^s paitis à bas, Tant qu'un es|ioir de paix a pu flatter ma peine, Oui, j'ai fait vanité d'être toute Homaine. Si j'ai vu Home heureuse avec quehpie ref.MOf, Soudain j'ai condamné ce mouvement seiiel; El si j'ai ressenti, dans ces destins contraires. Quelque maligne joie eu faveur de mes frères. Soudain, pour létouller rappelant ma raison, , J'ai pleuré (juand la irloire eut rail dans leur maison. Maisaujourd'huicpi'il faut (jue l'une ou rautretonil)e, Qu'Albe devienne esclave, ou que Rome succombe, Kl au'après la bataille il ne demeure plus Mi d'obstacle aux vaimpieurs ni d'espoir aux vain- J'aurais pour mon |tays une cruelle haine, [eus, Si je poiivai.- encore être toute Homaine, Kt si je demandais votre triomphe aux dieux. Au jirix de lanl de san? (pii m'est si précieux. Je m'attache un peu moins aux intérêlsd'un homme: Jenesuispoint jiour Albe,el ne suis plus pourRome; Je crains pour l'une et l'autre dans ce dernier etfort, Kt serai du parti (ju'aflliirora le sort. ^ Égale à tous les deux ju^ques à la victoire, [gloire; Je prendrai part aux maux sans en prendre à la Et je garde, au milieu de tant d'âpres rigueurs,

Meslarmesauxvaincus, etmahaineaiix vainqueurs.

JULIE

Qu'on voit naître souvent de pareilles traverses, En des esprits divers, des passions diverses! Et qu'à nos veux Camille as'it bien autrement! Son frère est votre époux, le vôtre est son amanl : Mais elle voit d'un O'il bien dilierent du vôtre Sonsang-dansune armée etson amour dansl'aulre. Lorsque vous conserviez un esprit tout romain, Le sien irrésolu, le sien tout incertain, De la moindre mêlée apprébendait l'orage, De tous les deux partis détestait l'avantage, Au malheur des vaincus donnait lou jours ses pleurs, Et nourrissait ainsi d'éternelles douleurs. Mais bier, quand elle sut qu'on avait pris journée, Et qu'enfin la liataille allait être donnée, Une soudaine joie éclatant sur son front...

SABINE

Ah ! que je crains, Julie, un changement si prompt ! Hier dans sa belle humeur elle entretint Valère ; Pour ce rival, sans doute, elle quitte mon frère; Son esprit, ébranlé par les objets présents, rs'e trouve point d'absent aimable après deux ans. Mais excusez l'ardeur d'une amour fraternelle; Le soin que j'ai de lui me fait craindre tout d'elle: Je forme des soupçons d'un trop léger sujet. Près d'un jour si funeste on change peu d'objet. Les âmes rarement sont de nouveau blessées; Et dans un si grand trouble on a d'autres pensées : Mais on n'a pas aussi de si doux entretiens, Ni de contentements qui soient pareils aux siens. JULIE. [res.

Lescauses, comme à vous, m'en semblent fort obscu- Je ne me satisfais d'aucunes conjectures. C'est assez de constance en un si grand danger Que de le voir, l'attendre, et no point s'affliger; Mais certes c'en est trop d'aller jusqu'à la joie.

SABINE

Voyez qu'un bon génie à propos nous l'onvoii'. Essayez sur ce point à la faire parler; Elle vous aime assez pour ne vous rien celer. Je vous laisse. Ma sœur^ entretenez Julie: J'ai honte de montrer tant de mélancolie, Et mon cœur, accablé de mille déplaisirs, Cherche la solitude à cacher ses soupirs.

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