ACTE I, SCÈNE
» Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains? » Souffrons que la laison éclaire enfin nos âmes: » Nous sommes vos voisins, nos lilles sont vos fem-
[mes, » Etrhymennous a joints par tant et tant de nœuds, » Qu'ilest peu de nos fils qui no soient vos neveux ; » Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en
[deux villes:
» Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles, » Où la mort des vaincus affaiblit les vainqueurs, » Et le plus beau triomphe est arrosé de pleurs? » Nos ennei'nis communs attendent avec joie )) Qu'un des parlisdélailleurdonne lautreenproie, » Lassé, demi rompu, vainqueur, mais, pour tout » Dénué d'un secours par lui-même détruit, [fruit, » Ils ont assez longtemps joui de nos divorces; » Contre eux doiénavant joignons toutesnos forces, » Et noyons dans l'oubli ces petits ditïérends .) Qui de si bons guerriers font de mauvais parents. » Que si l'ambition de commander aux autres ') Fait marcheraujourd'hui vos troupeset lesnOtres, .) Pourvu qu'à moins de sang nous voulions l'apai- )i Elle nous unira, loin de nous diviser. [ser,
» Nommons des combattants pour la cause com-
[mune ; » Que chaque pteuple aux siens attache sa fortune ; » Et, suivant ce que d'eux ordonnera le sort, » Que le parti plus faible obéisse au plus fort: » Mais, sans indignité pour des guerriers si braves, » Qu'ils deviennent sujets sans devenir esclaves, » Sans honte, sans tribut, et sans autre rigueur » Que de suivre en tous lieux les drapeaux du vsin-
[queur.
» Ainsi nos deux États ne feront qu'un empire. >- Il semble qu'à ces mots notre discorde expire : Chacun, jetant les yeux dans un rang ennemi, Reconnaît un beau-frère, un cousin, un ami; Ils s'étonnent comment leurs mains, de sangavides, Volaient, sans y penser, à tant de parricides, Et font paraître un front couvert tout à la fois D'horreur pour la bataille, et d'ardeur pour ce Enfin l'offre s'accepte, et la paix désirée [cjioix. Sous ces conditions est aussitôt jurée: [choisir, Trois combattront pour tous; mais pour les mieux Nos chefs ont voulu prendre un peu plus de loisir :
Id HORACE, TRAGEDIE.
Le vôtre est au sénat, le nôtre dans sa tente.
CAMILLE
0 dieux, que ce discours rend mon âme contente!
Cl'RIACE.
Dans deux lieures au plus, par un commun accord, Le sort de nos guerriers ré.s'lera notre sort, [me: Cependant tout est libre, attendant qu'on les nom- Rome est dans notre camp, et notre camp dans D'un et d'autre côté l'accès étant permis, [Rome; Chacun va renouer avec ses vieux amis.
Pour moi, ma passion m'a fait suivre vos frères; Et mes désirs ont eu des succès si prospères, Que l'auteur de vos jours m'a promis à demain Le bonheur sans pareil de vous donner la main. Vous ne deviendrez pns rebelle à sa puissance?
CAMILLE
Le devoir d'une fille est dans robéissance.
CrRTACE.
Venez donc recevoir ce doux commandement, Qui doit mettre le comble à mon contentement.
CAMILLE
.le vais suivre vos pas, mais pour revoir mes frères, Kt savoir d'eux encor la fin de nos misères.
JILIE.
Allez, et cependant au pied de nos autels J'irai rendre [loui' vous g-ràces aux immortels.