‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 73 sur 373 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SABINE, C.IMILLE.

SABINE

Parmi nos déplaisirs souffrez que je vous blâme : Je ne puis approuver tant de trouble en votre àme. Que feriez-vous, ma sœur, au point où je me vois. Si vous aviez à craindre autant que je le dois. Et si vous attendiez de leurs armes fatales Des maux pareils aux miens, et des pertes égales ?

CAMILLE

•Parlez plus sainement de vos maux et des miens ;

Chacun voit ceux d'auliui d'un autre œi4 que les

[siens ; Mais, à bien regarder ceux où le ciel nie plonge, Les vôtres auprès d'eux vous sembleront un songe. La seule mort d'Horace est à craindre pour vous. Des frères ne sont rien à l'égal d'un époux ; L'hymen qui nous attache à une autre famille Nous détache de celle où l'on a vécu fille ; On voit d'un œil divers des nœuds si différents. Et pour suivre un mari l'on quitte ses parents : Mais si près d'un hymen, l'amant que donne un père Nous est moins qu'un époux, et non pas moins

[qu'un frère ; Nos sentiments entre eux demeurent suspendus. Notre choix impossible, et nos vœux confondus. Ainsi, ma sœur, du nioinsvous avezdansvosplaintes Où porter vos souhaits et terminer vos craintes ; Mais si le ciel s'obstine à nous persécuter, Pour moi j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter. sABiXK. [tre,

Quand il faut que l'un meure et par les mains de l'au- C'est un raisonnement bien mauvais que le vôtre. Quoique ce soient, ma sœur, des nœuds bien diffë-

[rents.

C'est sans les oublier qu'on quitte ses parents : L'hymen n'efface point ces profonds caractères ; Pour aimer un mari, l'on ne hait pas ses frères ; La nature en tout temps garde ses premiers droits ; Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix : Aussi bien qu'un époux il s sont d'autres nous mêmes ; Ettousmâux sont pareils alors qu'ilssontextrêmes: Mais l'amantquivous charme etpour qui vous brûlez Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez ; Une mauvaise humeur, un peu de jalousie, En fait assez souvent passer la lantaisie. Ce que peut le caprice, osez-le par raison. Et laissez votre sang hors de comparaison : C'est crime qu'opposer des liens volontaires A ceux que la naissance a rendus nécessaires. Si donc le ciel s'obstine à nous persécuter Seule, j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter ; Mais pour vous, le devoir vous donne, dans vosplain- Oùportervossouhaits, etterminer vos craintes, [tes,

CAMILLE

Je le vois bien, ma sœur, vous n'aimâtes jamais :

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