‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 75 sur 373 · LE VIEIL HORACE, SABLNE, CAMILLE · texte numérisé non relu

LE VIEIL HORACE, SABLNE, CAMILLE

LE VIEIL HORACE

Je viens vous apporter de fâcheuses nouvelles, Mes (illes ; mais en vain je voudrais vous celer Ce qu'on ne vous saurait longtemps dissimuler : Vos frères sont aux mains, les dieux ainsi l'ordon- SABiNE. [nent.

Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'étonnent ; Et je m'imaginais dans la divinité Beaucoup moins d'injustice, et bien plus de bonté. Ne vous consolez point : contre tant d'infortune La pitié parle en vain, la raison importune. Nous avons en nos mains la iin de nos douleurs. Et qui veut bien mourir peut braver les mallieurs. Nous pourrions aisément faire en votre présence De notre désespoir une fausse constance ; Mais quand on peut sans honte être sans fermeté, L'atfecter au dehors, c'est,une lâcheté ; L'usage d'un tel art, nous le laissons aux hommes, Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes. Nous ne demandons pas qu'un courage si fort S'abaisse à notre exemple à se plaindre du sort. Recevez sans frémir ces mortelles alarmes ; Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes ; Enfin, pour toute grâce, en de tels déplaisirs, Gardez votre constance ; et souffrez nos soupirs.

LE VIEIL HORACE

Loin de blâmer les pleurs que je vousvoisrépandre. Je crois faire beaucoup de m'en pouvoir défendre. Et céderais peut-être à de si rudes coups. Si je prenais ici même intérêt que vous :

Non qu'Albe pur son choix m'ait fait haïr vos frères,

Tous troismesont encor des personnesbien chères.

Mais enfin l'amilié n'est pas du même rang-,

Et n'a point les efl'ets de l'amour ni du sang ;

Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmentfï

Sabine comme sœur, Camille comme amante :

Je puis les regarder comme nos ennemis,

Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.

Ils sont, grâces aux dieux, dignes de leur patrie ;

Aucun étonnement n'a leur gloire flétrie ;

Et j'ai vu leur honneur croître de la moitié,

Quand ils ont des deux camps refusé la pitié.

Si par quelque faiblesse ils lavaient mendiée,

Si leur haute vertu ne l'eût répudiée,

Ma main bientôt sur eux m'eût vengé hautement

De l'affront que m'eût fait ce mol consentement.

Mais lorsqu'en dépit d'eux on en a voulu d'autres.

Je ne le cèle point, j'ai joint mes vœux aux vôtres.

Si le ciel pitoyable eût écouté ma voix,

Albe serait réduite à faire un autre choix ;

Nous pourrions voir tantôt triompher les Horaces

Sans voir leurs bras souillés du sang des Curiaces,

Et de l'événement d'un combat plus humain

Dépendrait maintenant l'honneur du nom romain :

La prudence des dieux autrement en dispose ;

Sur leur ordre éternel mon esprit se repose :

11 s'arme en ce besoin de générosité,

Et du bonheur public fait sa félicité.

Tâchez d'en faire autant pour soulager vos peines.

Et songez toutes deux que vous êtes Romaines :

Vous, l'êtes devenue, et vous, l'êtes encor ;

Un si glorieux titre est un digne trésor.

Un jour, un jour viendra que par toute la terre

Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre.

Et que, tout l'univers tremblant dessous ses lois.

Ce grand nom deviendra l'ambition des rois :

Les dieux à notre Énée ont promis cette gloire.

SCÈ.XE VI

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