‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 78 sur 373 · LE VIEIL HORACE, VALÈRE, CAMILLE · texte numérisé non relu

LE VIEIL HORACE, VALÈRE, CAMILLE

VALÈRE

Envoyé par le roi pour consoler un père, Et pour lui témoigner...

LE VIEIL HORACE

N'en prenez aucun soin :

C'est un soulagement dont je n'ai pas besoin ; Et j'aime mieux voir morts que couverts d'infamie Ceux que vient de m'ûter une main ennemie. Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'hon- II me suffit. ' [neur ;

VALÈRE

Mais l'autre est un rare bonheur ; De tous les trois chez vous il doit tenir la place.

LE VIEIL HORACE

Que n'a-t-on vu périr en lui le nom d'Horace !

VALÈRE

Seul vous le maltraitez après ce qu'il a fait.

LE VIEIL HORACE

C'est à moi seul aussi de punir son forfait.

VALÈRE

Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite ?

Quel éclat de vertu trouvez vous en sa fuite ?

VALÈRE

La fuite est glorieuse en celte occasion.

LE VIEIL HORACE

Vous redoublez ma honte et ma confusion. Certes, Texemple est rare et digne de mémoire De trouver dans la fuite un chemin à la gloire.

VALÈRE

Quelle confusion, et quelle honte à vous D'avoir produit un lils qui nous conserve tous, Qui fait triompher Rome, et lui gagne un empire? A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père as-

LE VIEIL HORACE. [pire ?

Quelshonneurs, quel triomphe, et quel empire enfin, Lorsque Albe sous ses lois range notre destin ?

VALÈRE

Que parlez-vous ici d'Albe et de sa victoire ? Ignorez-vous encor la moitié de l'histoire ?

LE VIEIL HORACE

Je sais que par sa fuite il a trahi l'Etat.

VALÈRE

Oui, s'il eût en fuyant terminé le combat ;

Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyait qu'en liomme

Qui savait ménager l'avantage de Rome.

Qui, Rome donc triomphe !

VALÈRE

Apprenez, apprenez La valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez. Resté seul contre trois, mais en cette aventure Tous trois étant blessés, et lui seul sans blessure, Trop faible pour eux tous, trop fort pour chacun il sait bien se tirer d'un pas si hasardeux ; [d'eux, Il fuit pour mieux combattre, et cetteprompteruse Divise adroitement trois frères qu'elle abuse. Chacun le suit d'un pas ou plus ou moins pressé. Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins blessé ; Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite ; Mais leur coups inégaux séparent leur poursuite. Horace, les voyant l'un de l'autre écartés. Se retourne, et déjà les croit demi-domptés : Il attend le premier, et c'était votre gendre. L'autre, tout indigné qu'il ait osé l'attendre, En vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur. Le sang (£u'il a perdu ralentit sa vigueur, [traire, Albe à son tour commence à craindre un sort con-

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