‹ Théâtre choisiChapitre 103 sur 263 · SCÈNE IV. — ELMIRE, ORGON · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — ELMIRE, ORGON

Approchons cette table, et vous mettez dessous.

ORGON Comment | ELMIRE Vous bien cacher est un point nécessaire.

ORGON Pourquoi sous cette table ?

ELMIRE Ah! mon Dieu! laissez faire; J'ai mon dessein en tête, et vous en jugerez. Mettez-vous là, vous dis-je; et, quand vous y serez, Gardez qu’on ne vous voie et qu’on ne vous entende.

ORGON Je confesse qu’ici ma complaisance est grande : Mais de votre entreprise il vous faut voit sortir.

ELMIRE

Vous n'aurez, que je crois, rien à me repartir. (A son mari, qui est sous la table.)

Au moins, je vais toucher une étrange matière :

Ne vous scandalisez en aucune manière.

Quoi que je puisse dire, il doit m'être permis;

Et c’est pour vous convaincre, ainsi que jai promis. Je vais par des douceurs, puisque jy suis réduite, Faire poser le masque à cette âme hypocrite, Flatter de son amour les désirs effrontés,

Et donner un champ libre à ses témérités.

Comme c’est pour vous seul, et pour mieux le confondre, Que mon âme à ses vœux va feindre de répondre, J'aurai lieu de cesser dès que vous vous rendrez, Et les choses n’iront que jusqu’où vous voudrez. C’est à vous d’arrêter son ardeur insensée,

Quand vous croirez l'affaire assez avant poussée; D’épargner votre femme, et de ne m’exposer Qu’à ce qu’il vous faudra pour vous désabuser.

Ce sont vos intérêts, vous en serez le maître;

Et... L’on vient. Tenez-vous, et gardez de paraître.

Page 1