‹ Théâtre choisiChapitre 155 sur 263 · SCÈNE VII. — HARPAGON (J/ crie au voleur dès le jardin, et · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. — HARPAGON (J/ crie au voleur dès le jardin, et

vient sans chapeau).

Au voleur! au voleur! à l’assassin | au meurtrier! Justice, juste ciel! je suis re je suis assassiné! on m’a coupé la gorge : on m'a dérobé mon argent! Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N’est-il os là ? N’est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête! (17 se prend ui-même par le bras.) Rends-moi mon argent, coquin! Ah! c’est moi! Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas! mon pauvre argent! mon pauvre argent! mon cher amil on m’a privé de toi; et, puisque tu m'’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde. Sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait; je n’en puis plus; je me meurs; je suis mort; je suis enterré |! N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? Euh! que dites-vous ? Ce n’est personne. IL faut, qui que ce soit qui aïît fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l’heure; et l’on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller querir la justice, et faire donner la question à toute ma maison ; à servantes, à valets, à fils et à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur per-

sonne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh! de quoi est-ce qu’on parle là ? de celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part, sans doute, au vol que Pon m'a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde; et, si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après.

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