‹ Théâtre choisiChapitre 166 sur 263 · MAÎTRE TAILLEUR · texte numérisé non relu

MAÎTRE TAILLEUR

Attendez. Cela ne va pas comme cela. J’ai amené des gens pour vous habiller en cadence, et ces sortes d’habits se mettent avec cérémonie. Holà! entrez, vous autres. Mettez cet habit à monsieur, de la manière que vous faites aux personnes de qualité.

(Quatre garçons tailleurs entrent, dont deux lui arrachent le baut-de-chausses de ses exercices, et deux autres la camisole, puis ils lui mettent son habit

neuf, et Monsieur Jourdain se promène au milieu d'eux, et leur montre son babit pour voir s’il est bien. Le tout à la cadence de toute la symphonie.)

GARÇON TAILLEUR Mon gentilhomme, donnez s’il vous plaît, aux garçons, quelque chose pour boire.

MONSIEUR JOURDAIN Comment m’appelez-vous ?

GARÇON TAILLEUR Mon gentilhomme.

MONSIEUR JOURDAIN

« Mon gentilhomme! » Voilà ce que c’est que de se mettre en personne de qualité! Allez-vous-en demeurer toujours habillé en bourgeois, on ne vous dira point : « Mon gentilhomme ». (Donnant de l’argent.\ Tenez, voilà pour « Mon gentilhomme ».

GARÇON TAILLEUR Monseigneur, nous vous sommes bien obligés.

MONSIEUR JOURDAIN « Monseigneur, » oh! oh! « Monseigneur! » Attendez, mon ami; « Monseigneur » mérite quelque chose, et ce n’est pas une petite parole que « Monseigneur! » Tenez, voilà ce que « Monseigneur » vous donne.

GARÇON TAILLEUR Monseigneur, nous allons boire tous à la santé de Votre Grandeur.

MONSIEUR JOURDAIN « Votre Grandeur! » oh! oh! oh! Attendez; ne vous en allez pas. À moi, « Votre Grandeur! » (Bas, à part.) Ma foi,

s’il va jusqu’à l’Altesse, il aura toute la boutse.(Hawr.) Tenez, voilà pour Ma Grandeur.

GARÇON TAILLEUR Monseigneur, nous la remercions très humblement de ses libéralités.

MONSIEUR JOURDAIN Il a bien fait, je lui allais tout donner.

(Les quatre garçons failleurs se réjouissent par une danse, qui fait r second intermède).

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