PREMIER PORTEUR
Dame! c’est que la porte est étroite. Vous avez voulu aussi que nous soyons entrés jusqu’ici.
MASCARILLE
Je le crois bien. Voudriez-vous, faquins, que j’exposasse l’embonpoint de mes plumes aux inclémences de la saison pluvieuse, et que j’allasse imprimer mes souliers en boue ? Allez, ôtez votre chaise d'ici.
DEUXIÈME PORTEUR Payez-nous donc, s’il vous plaît, monsieur.
Hein ?
15 LES PRÉCIEUSES RIPICULES
DEUXIÈME PORTEUR Je dis, monsieur, que vous nous donniez de l'argent, s’il vous plaît.
MASCARILLE, /#i donnant un soufflet.
Comment, coquin! demander de l’argent à une personne de ma qualité!
DEUXIÈME PORTEUR . Est-ce ainsi qu’on paye les pauvres gens ? et votre qualité nous donne-t-elle à dîner ?
MASCARILLE Ah! ahl ahl je vous apprendrai à vous connaîtrel Ces canailles-là s’osent jouer à moil PREMIER PORTEUR, prenant un des bâtons de sa chaise. Cà, payez-nous vitement.
MASCARILLE Quoi ?
PREMIER PORTEUR Je dis que je veux avoir de l’argent tout à l’heure. MASCARILLE Il est raisonnable, celui-là.
PREMIER PORTEUR Vite donc!
MASCARILLE Oui-da! tu parles comme il faut, toil mais l’autre est un coquin qui ne sait ce qu’il dit. Tiens, es-tu content ? PREMIER PORTEUR Non, je ne suis pas content; vous avez donné un soufflet à mon camarade, et. (Levant son bâton.) MASCARILLE Doucement ; tiens, voilà pour le soufflet. On obtient tout de moi quand on s’y prend de la bonne façon. Allez, venez me reprendre tantôt pour aller au Louvre, au petit coucher.
SCÈNE VII. — MAROTTE, MASCARILLE MAROTTE Monsieur, voilà mes maîtresses qui vont venir tout à l’heure.
MASCARILLE Qu’elles ne se pressent point; je suis ici posté commodément pour attendre.
MAROTTE Les voici.