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SCÈNE VI. — ARNOLPHE, HORACE

HORACE Ahl je viens vous trouver, accablé de douleur.

Le ciel, seigneur Arnolphe, a conclu mon malheur ; Et, par un trait fatal d’une injustice extrême,

On me veut arracher de la beauté que j’aime.

Pour arriver ici mon père a pris le frais ;

J'ai trouvé qu’il mettait pied à terre ici près :

Et la cause, en un mot, d’une telle venue,

Qui, comme je disais, ne m'était pas connue,

C’est qu’il m’a marié sans m'en écrire rien,

Et qu’il vient en ces lieux célébrer ce lien.

Jugez, en prenant part à mon inquiétude,

S’il pouvait m’arriver un contre-temps plus rude. Cet Enrique, dont hier je m’informais à vous, Cause tout le malheur dont je ressens les coups : Il vient avec mon père achever ma ruine,

Et c’est sa fille unique à qui l’on me destine.

J'ai, dès leurs premiers mots, pensé m’évanouir : Et d’abord, sans vouloir plus longtemps les ouïr, Mon père ayant parlé de vous rendre visite, L'esprit plein de frayeur, je l’ai devancé vite.

De grâce, gardez-vous de lui rien découvrir

De mon engagement, qui le pourrait aigrir;

Et tâchez, comme en vous il prend grande créance, De le dissuader de cette autre alliance.

ARNOLPHE Oui-da.

HORACE Conseillez-lui de diférer un peu, Et rendez, en ami, ce service à mon feu.

ARNOLPHE Je n’y manquerai pas.

HORACE C’est en vous que j'espère.

HORACE

Et je vous tiens mon véritable père.

Dites-lui que mon Âge... Ah! je le vois venir! Écoutez les raisons que je vous puis fournir. (Us demeurent en un coin du théâtre.)

7 EMMES

159 L'ÉCOLE DES SCÈNE VIL — ENRIQUE, ORONTE, CHRYSALDE, HORACE, ARNOLPHE

ENRIQUE, 4 Chrysalde.

Aussitôt qu’à mes yeux je vous ai vu paraître, Quand on ne m’eût rien dit, j’aurais su vous connaître. Je vous vois tous les traits de cette aimable sœur Dont l’hymen autrefois m'avait fait possesseur ; Et je serais heureux, si la Parque cruelle, Meût laissé ramener cette épouse fidèle, Pour jouir avec moi des sensibles douceurs De revoir tous les siens après nos longs malheurs. Mais, puisque du destin la fatale puissance Nous prive pour jamais de sa chère présence, Tâchons de nous résoudre, et de nous contenter Du seul fruit amoureux qui m’en ait pu rester. Il vous touche de près; et, sans votre suffrage, J'aurais tort de vouloir disposer de ce gage. Le choix du fils d’Oronte est glorieux de soi; Mais il faut que ce choix vous plaise comme à moi.

CHRYSALDE C’est de mon jugement avoir mauvaise estime, Que douter si j’approuve un choix si légitime.

ARNOLPHE, 4 part, à Horace.

Oui, je veux vous servir de la bonne façon.

HORACE, à part, à Arnolphe.

Gardez, encore un coup...

ARNOLPHE, 4 Horace.

N'ayez aucun soupçon.

(Arnolphe quitte Horace pour aller embrasser Oronte.)

ORONTE, à Arnolpbe.

Ah! que cette embrassade est pleine de tendresse!

ARNOLPHE Que je sens à vous voir une grande allégressel!

ORONTE Je suis ici venu...

ARNOLPHE Sans m’en faire récit, Je sais ce qui vous mène.

ORONTE On vous l’a déjà dit ?

ARNOLPHE Oui.

ORONTE Tant mieux.

ARNOLPHE Votre fils à cet hymen résiste, Et son cœur prévenu n’y voit rien que de triste : Il m'a même prié de vous en détourner; Et moi, tout le conseil que je vous puis donner, C’est de ne pas souffrir que ce nœud se difière, Et de faire valoir l’autorité de père.

Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens, Et nous faisons contre eux à leur être indulgents.

HORACE, à arf Ah! traître!

CHRYSALDE Si son cœur a quelque répugnance, Je tiens qu’on ne doit pas lui faire résistance. Mon frère, que je crois, sera de mon avis.

ARNOLPHE Quoi! se laissera-t-il gouverner par son fils ? Est-ce que vous voulez qu’un père ait la mollesse De ne savoir pas faire obéir la jeunesse ?

Il serait beau, vraiment, qu’on le vit aujourd’hui Prendre loi de qui doit la recevoir de lui!

Non, non : c’est mon intime, et sa gloire est la mienne;

Sa parole est donnée, il faut qu’il la maintienne. Qu'il fasse voir ici de fermes sentiments, Et force de son fils tous les attachements.

ORONTE * C’est parler comme il faut, et, dans cette alliance, $ Ne ' = C’est moi qui vous réponds de son obéissance,

CHRYSALDE, à Arnolphe.

Je suis surpris, pour moi, du grand empressement

Que vous me faites voir pour cet engagement, Et ne puis deviner quel motif vous inspire.

Je sais ce que je fais, et dis ce qu’il faut dire,

ORONTE Oui, oui, seigneur Arnolphe, il est.

CHRYSALDE Ce nom l’aigrit; C’est monsieur de la Souche, on vous l’a déjà dit. ARNOLPHE Il n'importe.

HORACE, d part.

Qu'’entends-je ?

ARNOLPHE, se retournant vers Horace.

Oui, c’est là le mystère; Et vous pouvez juger ce que je devais faire.

HORACE, 4 part.

En quel trouble.

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