scène ni
CURIACE, CAMILLE, JULIB
CURIACE
N'en doutez point, Camille, et revoyez on homme 235
Qui n'est ni le vainqueur ni l'esclave de Rome ;
Cessez d'appréhender de voir rougir mes mains
Du poids honteux des fers ou du sang des Romains.
J'ai cru que vous aimiez assez Rome et la gloire
Pour mépriser ma chaîne et haïr ma victoire ; 240
Et comme également en cette extrémité
Je craignois la victoire et la captivité...
CAMILLE
Curiace, il suffit, je devine le reste :
Tu fuis une bataille à tes vœux si funeste,
Et ton cœur, tout à moi, pour ne me perdre pas, 245
Dérobe à ton pays le secours de ton bras.
Qu'un autre considère ici ta renommée,
Et te blâme, s'il veut, de m'avoir trop aimée ;
Ce n'est point à Camille à t'en mésestimer :
Plus ton amour paroît, plus elle doit t'aimer ; 250
Et si tu dois beaucoup aux lieux qui t'ont vu naître,
Plus tu quittes pour moi, plus tu le fais parottre.
l.Une faute d'impression a introduit dans l'édition de 1656 la singulière leçon que voici :
Soit que Rome y succombe, ou qu'Albe aille deuout.
2. Far. Mon cœur, quelque grand feu qui pour toi le consomme, Ne veut ni le vainqueur ni l'esclave de nome. (16411-48)
3. Voltaire avait transporté ce vers dans son Œdipe, qui, dans l'édition de 1719, commençait ainsi :
Est-ce vous, Philoctête? En croirai-je mes yeux?