SCÈNE I
HORACE, CURUCE
CURU.CE.
Ainsi Rome n'a point séparé son estime ;
Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime :
Cette superbe Tille en vos frères et vous
Trouve les trois guerriers qu'elle préfère à tous ; 550
Et son illustre ardeur d'oser plus que les autres l
D'une seule maison brave toutes les nôtres :
Nous croirons, à la voir toute entière en vos mains*,
Que hors les fils d'Horace il n'est point de Romains.
Ce choix pouvoit combler trois familles de gloire, 555
Consacrer hautement leurs noms à la mémoire :
Oui, l'honneur que reçoit la vôtre par ce choix»
En pouvoit à bon litre immortaliser trois ;
Et puisque c'est chez vous que mon heur et ma flamme
M'ont fait placer ma sœur et choisir une femme, 560
Ce que je vais vous être et ce que je vous suis*
Me font y prendre part autant que je le puis ;
Mais un autre intérêt tient ma joie en contrainte,
Et parmi ses douceurs mêle beaucoup de crainte :
La guerre en tel éclat a mis votre valeur, 565
Que je tremble pour Aibe et prévois son malheur :
Puisque vous combattez, sa perte est assurée ;
En vous faisant nommer, le destin l'a jurée.
Je vois trop dans ce choix ses funestes projets.
Et me compte déjà pour un de vos sujets. 570
Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Rome, Voyant ceux qu'elle oublie, et les trois qu'elle nomme4.
i.Var. Et ne nous opposant d'autre bras que les vôtres. (1641-56)