‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 104 sur 619 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

HORACE, CURUCE

CURU.CE.

Ainsi Rome n'a point séparé son estime ;

Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime :

Cette superbe Tille en vos frères et vous

Trouve les trois guerriers qu'elle préfère à tous ; 550

Et son illustre ardeur d'oser plus que les autres l

D'une seule maison brave toutes les nôtres :

Nous croirons, à la voir toute entière en vos mains*,

Que hors les fils d'Horace il n'est point de Romains.

Ce choix pouvoit combler trois familles de gloire, 555

Consacrer hautement leurs noms à la mémoire :

Oui, l'honneur que reçoit la vôtre par ce choix»

En pouvoit à bon litre immortaliser trois ;

Et puisque c'est chez vous que mon heur et ma flamme

M'ont fait placer ma sœur et choisir une femme, 560

Ce que je vais vous être et ce que je vous suis*

Me font y prendre part autant que je le puis ;

Mais un autre intérêt tient ma joie en contrainte,

Et parmi ses douceurs mêle beaucoup de crainte :

La guerre en tel éclat a mis votre valeur, 565

Que je tremble pour Aibe et prévois son malheur :

Puisque vous combattez, sa perte est assurée ;

En vous faisant nommer, le destin l'a jurée.

Je vois trop dans ce choix ses funestes projets.

Et me compte déjà pour un de vos sujets. 570

Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Rome, Voyant ceux qu'elle oublie, et les trois qu'elle nomme4.

i.Var. Et ne nous opposant d'autre bras que les vôtres. (1641-56)

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