‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 187 sur 619 · ACTE II, SCEKfc · texte numérisé non relu

ACTE II, SCEKfc

Pillé jusqu'aux autels, sacrifié nos vies,

Rempli les champs d'horreur, comblé Rome de morts, 655

Et sera quitte après pour l'effet d'un remords !

Quand le ciel par nos mains à le punir s'apprête,

Un lâche repentir garantira sa tête t

C'est trop semer d'appas &, et c'est trop inviter

Par son impunité quelque autre à l'imiter. 660

Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne

Quiconque après sa mort aspire à la couronne.

Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé :

S'il eût puni Sylla, César eût moins osé.

Mais la mort de César, que vous trouvez si juste, 665

A servi de prétexte aux cruautés d'Auguste. Voulant nous affranchir, Brute s'est abusé : S'il n'eût puni César, Auguste eût moins osé.

cnnfA* La faute de Cassie, et ses terreurs paniques, Ont fait rentrer l'État sous des lois tyrannioues *; 670

Mais nous ne verrons point de pareils accidents, Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents.

MAXIME

Nous sommes encor loin de mettre en évidence Si nous nous conduirons avec plus de prudence ; Cependant c'en est peu que de n'accepter pas 675

Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas.

C1KNA.

C'en est encor bien moins, alors qu'on s'imagine

Guérir un mal si grand sans couper la racine ;

Employer la douceur à cette guérison,

C'est, en fermant la plaie, y verser du poison. 680

MAXIME

Vous la voulez sanglante, et la rendex douteuse.

enfui.

Vous la voulez sans peine, et la rendez honteuse.

MAXIME

Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.

CIHlfA.

On en sort lâchement, si la vertu n'agit.

MAXIME

Jamais la liberté ne cesse d'être aimable ; 685

1. Nous écrivons appâts dans ce sens; mais, au dix-septième siècle, on ne distinguait point l'un de l'autre par l'orthographe appas et appâts. Voyez les Lexique» de CornetiU et de Raclns.

x. var. Ont fait tomber l'Etat sons des lois tyranniques, (1643)

Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.

ONIfA.

Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer,

Quand il vient d'une main lasse de l'opprimei :

Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie

Le rebut du tyran dont elle fut la proie ; 690

Et tout ce que la gloire a de vrais partisans

Le hait trop puissamment pour aimer ses présents,

MAXIME

Donc pour vous Emilie est un objet de haine1 ?

OHSA.

La recevoir de lui me seroit une gêne.

Mais quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts, 69Î

Je saurai le braver jusque dans les enfers.

Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée,

Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée,

L'épouser sur sa cendre, et qu'après notre effort

Les présents du tyran soient le prix de sa mort. 70C

MAXIME

Hais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire, Teint du sang de celui qu'elle aime comme un père ? Car vous n'êtes pas homme à la violenter.

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