ACTE II, SCEKfc
Pillé jusqu'aux autels, sacrifié nos vies,
Rempli les champs d'horreur, comblé Rome de morts, 655
Et sera quitte après pour l'effet d'un remords !
Quand le ciel par nos mains à le punir s'apprête,
Un lâche repentir garantira sa tête t
C'est trop semer d'appas &, et c'est trop inviter
Par son impunité quelque autre à l'imiter. 660
Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne
Quiconque après sa mort aspire à la couronne.
Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé :
S'il eût puni Sylla, César eût moins osé.
Mais la mort de César, que vous trouvez si juste, 665
A servi de prétexte aux cruautés d'Auguste. Voulant nous affranchir, Brute s'est abusé : S'il n'eût puni César, Auguste eût moins osé.
cnnfA* La faute de Cassie, et ses terreurs paniques, Ont fait rentrer l'État sous des lois tyrannioues *; 670
Mais nous ne verrons point de pareils accidents, Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents.
MAXIME
Nous sommes encor loin de mettre en évidence Si nous nous conduirons avec plus de prudence ; Cependant c'en est peu que de n'accepter pas 675
Le bonheur qu'on recherche au péril du trépas.
C1KNA.
C'en est encor bien moins, alors qu'on s'imagine
Guérir un mal si grand sans couper la racine ;
Employer la douceur à cette guérison,
C'est, en fermant la plaie, y verser du poison. 680
MAXIME
Vous la voulez sanglante, et la rendex douteuse.
enfui.
Vous la voulez sans peine, et la rendez honteuse.
MAXIME
Pour sortir de ses fers jamais on ne rougit.
CIHlfA.
On en sort lâchement, si la vertu n'agit.
MAXIME
Jamais la liberté ne cesse d'être aimable ; 685
1. Nous écrivons appâts dans ce sens; mais, au dix-septième siècle, on ne distinguait point l'un de l'autre par l'orthographe appas et appâts. Voyez les Lexique» de CornetiU et de Raclns.
x. var. Ont fait tomber l'Etat sons des lois tyranniques, (1643)
Et c'est toujours pour Rome un bien inestimable.
ONIfA.
Ce ne peut être un bien qu'elle daigne estimer,
Quand il vient d'une main lasse de l'opprimei :
Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie
Le rebut du tyran dont elle fut la proie ; 690
Et tout ce que la gloire a de vrais partisans
Le hait trop puissamment pour aimer ses présents,
MAXIME
Donc pour vous Emilie est un objet de haine1 ?
OHSA.
La recevoir de lui me seroit une gêne.
Mais quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts, 69Î
Je saurai le braver jusque dans les enfers.
Oui, quand par son trépas je l'aurai méritée,
Je veux joindre à sa main ma main ensanglantée,
L'épouser sur sa cendre, et qu'après notre effort
Les présents du tyran soient le prix de sa mort. 70C
MAXIME
Hais l'apparence, ami, que vous puissiez lui plaire, Teint du sang de celui qu'elle aime comme un père ? Car vous n'êtes pas homme à la violenter.