CIKTU
Viens me voir, dans son sang et dans le mien baignée.
De ma seule vertu mourir accompagnée,
Et te dire en mourant d'un esprit satisfait :
c N'accuse point mon sort, c'est toi seul oui Tas fait;
Je descends dans la tombe où tu m'as condamnée, 1045
Où la gloire me suit qui t'étoit destinée :
Je meurs en détruisant un pouvoir absolu ;
Mais je vivrois à toi, si tu l'avois voulu. »
CJNNA.
Eh bien ! vous le voulez, il faut vous satisfaire.
Il faut affranchir Rome, il faut venger un père, 1050
Il faut sur un tyran porter de justes coups ;
Mais apprenez qu'Auguste est moins tyran que vous :
S'il nous ôte à son gré nos biens, nos jours, nos femmes,
Il n'a point jusqu'ici tyrannisé nos âmes ;
Mais 1 empire inhumain qu'exercent vos beautés 1055
Force jusqu'aux esprits et jusqu'aux volontés.
Tous me laites priser ce qui me déshonore ;
Vous me faites haïr ce que mon âme adore ;
Vous me faites répandre un sang pour qui je dois
Exposer tout le mien et mille et mille fois : 1060
Vous le voulez, j'y cours, ma parole est donnée1 ;
Mais ma main, aussitôt contre mon sein tournée,
Aux mânes d'un tel prince immolant votre amant,
A mon crime forcé joindra mon châtiment *,
Et par cette action dans l'autre confondue, 1065
Recouvrera ma gloire aussitôt que perdue*
Adieu.