ACTE IV, SCÈNE IV
César mande Cinna sans me donner d'alarmes (
Mon cœur est sans soupirs, mes yeux n'ont point de larmes,
Comme si j'apprenois d'un secret mouTement
Que tout doit succéder à mon contentement !
Ai-jebien entendu? me l'aa-tudit, Fulvie?
FULYIB.
J'avois gagné sur lui qu'il aimerait la vie,
Et je vous Tamenois plus traitable et plus doux, 1275
Faire un second effort contre votre courroux * ;
Je m'en applaudissois, quand soudain Polyclète,
Des volontés d'Auguste ordinaire interprète,
Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit,
Et de sa part sur l'heure au palais l'a conduit. 1280
Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause ;
Chacun diversement soupçonne quelque chose :
Tous présument qu'il aye un grand sujet d'ennui,
Et qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui.
Mais ce qui m'embarrasse, et que je viens d'apprendre*, 1285
C'est que deux inconnus se sont saisis d'Évandre,
Qu'Euphorbe est arrêté sans qu'on sache pourquoi,
Que même de son maître on dit je ne sais quoi :
On lui veut imputer un désespoir funeste ;
On parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du reste. 1290
EMILIE
Que de sujets de craindre et de désespérer.
Sans que mon triste cœur en daigne murmurer I
A chaque occasion le ciel y fait descendre
Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre :
Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler5, 1295
Et je suis insensible alors qu'il faut trembler.
Je vous entends, grands Dieux I vos bontés que j'adore Ne peuvent consentir que je me déshonore; Et ne me permettant soupirs, sanglots ni pleurs, Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs. 1300
Vous voulez que je meure avec ce grand courage Qui m'a fait entreprendre un si fameux ouvrage ; Et je veux bien périr comme vous l'ordonnez, Et dans la même assiette où vous me retenez.
O liberté de Rome ! ô mânes de mon père ! 1305
J'ai fait de mon côté tout ce que j'ai pu faire :
1. Var, Faire un stcond effort contre ce grand courroux; J'en rend ois grâce aux Dieux , quand soudain Polyclète.
2. Var, Hais ce qui plus m'étonne, et que je viens d'apprendre.
Î16-KW6) Z.Var. Une vaine frayeur m'a pu tantôt troubler. (164336)
Contre votre tyran j'ai ligué ses amis,
Et p.lus osé pour vous qu'il ne m'étoit permis.
Si l'effet a manqué, ma gloire n'est pas moindre ;
N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre, 1310
Hais si fumante encor d'un généreux courroux,
Par un trépas si noble et si digne de vous,
Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnoitre *
Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.