‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 214 sur 619 · LIT · texte numérisé non relu

LIT

C'en est trop, Emilie : arrête, et considère 1605

Qu'il t'a trop bien payé les bienfaits de ton père Sa mort, dont la mémoire allume ta fureur, Fut un crime d'Octave, et non de l'empereur.

Tous ces crimes d'État qu'on fait pour laNcouronne, Le ciel nous en absout alors qu'il nous la donne, 1610

Et dans le sacré rang où sa faveur l'a mis, Le passé devient juste et l'avenir permis. Qui peut y parvenir ne peut être coupable; Quoi qu'il ait fait ou fasse, il est inviolable : Nous lui devons nos biens, nos jours sont en sa main, 1615 Et jamais on n'a droit sur ceux du souverain.

EMILIE

Aussi dans le discours que vous venez d'entendre, Je parlois pour l'aigrir, et non pour me défendre.

Punissez donc, Seigneur, ces criminels appas Qui de vos favoris font d'illustres ingrats; 1020

Tranchez mes tristes jours pour assurer les vôtres. Si j'ai séduit Ginna, j'en séduirai bien d'autres1; Et je suis plus à craindre, et vous plus en danger, Si j'ai l'amour ensemble et le sang à venger *.

Que vous m'ayez séduit, et que je souffre encore 1625

D'être déshonoré par celle que j'adore I

Seigneur, la vérité doit ici s'exprimer : J'avois fait ce dessein avant que de l'aimer. Ames plus saints désirs la trouvant inflexible5, Je crus qu'à d'autres soins elle seroit sensible : 1630

Je parlai deson-père et de votre rigueur, Et f offre de mon bras suivit celle du cœur. Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme I Je l'attaquai par là, par là je pris son âme; Dans mon peu de mérite elle me négligeoit, 1635

Et ne put négliger le bras qui la vengeoit : Elle n'a conspiré que par mon artifice; J'en suis le seul auteur, elle n'est que complice.

Ginna, qu'oses-tu dire? est-ce là me chérir,

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