ACTE I, SCÈNE IV
Et m'expose à des yeux qui me percent le cœur I 340
Mon père, je suis femme, et je sais ma foiblesse;
Je sens déjà mon cœur qui pour lui s'intéresse,
Et poussera sans doute, en dépit de ma foi,
Quelque soupir indigne et de vous et de moi.
Je ne le verrai point
Rassure un peu ton âme. 545
PAULINE
Il est toujours aimable, et je suis toujours femme ; Dans le pouvoir sur moi que ses regards ont eu, Je n'ose m'assurer de toute ma vertu1.
Je ne le verrai point.
FÉLIX
Il faut le voir, ma fille, Ou tu trahis ton père et toute ta famille. 350
PAULINE
C'est à moi d'obéir, puisque vous commandez ; Hais voyez les périls où vous me hasardez.
FÉLIX
Ta vertu m'est connue.
PAULINE
Elle vaincra sans doute ; Ce n'est pas le succès que mon âme redoute : Je crains ce dur combat et ces troubles puissants 555
Que fait déjà chez moi la révolte des sens; Mais puisqu'il faut combattre un ennemi que j'aime, Souffrez que je me puisse armer contre moi-même, Et qu'un peu de loisir me prépare à le voir.
FÉLIX
Jusqu'au-devant des murs je vais le recevoir; 500
H appelle cependant tes forces étonnées,
Et songe qu'en tes mains tu tiens nos destinées.
PAULINE
Oui, je vais de nouveau dompter mes sentiments, Pour servir de victime à vos commandements.