‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 24 sur 619 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

fit je vous en contois la charmante nouvelle*, Au malheureux moment que naissoit leur querelle, Dont le récit fatal, sitôt qu'on vous Ta fait, 455

D'une si douce attente a ruiné l'effet. Maudite ambition, détestable manie, Dont les plus généreux souffrent la tyrannie ! Honneur impitoyable à mes plus chers désirs *, Que tu me vas coûter de pleurs et de soupirs 1 460

l'infante.

Tu n'as dans leur querelle aucun sujet de craindre ; Un moment Ta fait naître, un moment va l'éteindre Elle a fait trop de bruit pour ne pas s'accorder, Puisque déjà le Roi les veut accommoder ; Et tu sais que mon âme, à tes ennuis sensible5, 405

Pour en tarir la source y fera l'impossible.

CH1HBNE.

Les accommodements ne font rien en ce point :

De si mortels affronts ne se réparent point4.

En vain on fait agir la force ou la prudence :

Si l'on guérit lé mal, ce n'est qu'en apparence. 470

La haine que les cœurs conservent au dedans

Nourrit des feux cachés, mais d'autant plus ardents.

l'infante.

Le saint nœud qui joindra don Rodrigue et Chimène Des pères ennemis dissipera la haine ; Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort 475

Par un heureux hymen étouffer ce discord.

CHIMÈRE

Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère :

Don Diègue est trop altier, et Je connois mon père.

Je sens couler des pleurs que je veux retenir ;

Le passé me tourmente, et je crains l'avenir. 480

l'infante.

Que crains-tu? d'un vieillard l'impuissante foiblesse?

CHIMERE

Rodrigue a du courage.

l'infante.

il a trop de jeunesse.

CHIMERE

Les hommes valeureux le sont du premier coup.

l'infante.

Tu ne dois pas pourtant le redouter beaucoup :

1. Var. Et je vous en contois la première nouvelle. (1637-K6J

2. Var. Impitoyable honneur, mortel à mes plaisirs. (1657-56)

3. Var. Et de ma part mon âme, à tes ennuis sensible. (1657-56)

4. Var. Les affronts à l'honneur ne se réparent point. (4651-56)

54 LE GID.

Il est trop amoureux pour te vouloir déplaire, 485

Et deux mots de ta bouche arrêtent sa colère.

CHIMÈRE

S'il ne m'obéit point, quel comble à mon ennui 1

Et s'il peut m'obéir, que dira-t-on de lui ?

Étant né ce qu'il est, souffrir un tel outrage1 !

Soit qu'il cède ou résiste au feu qui me l'engage, 490

Mon esprit ne peut qu'être ou honteux ou confus,

De son trop de respect, ou d'un juste refus.

l'infante.

Ghimène a l'âme haute, et quoi qu'intéressée *, Elle ne peut souffrir une basse pensée ; Mais si jusques au jour de raccommodement 405

Je fais mon prisonnier de ce parfait amant, Et que j'empêche ainsi l'effet de son courage, Ton esprit amoureux n'aura- t~il point d'ombrage?

CHÏMÈNE.

Ah 1 Madame, en ce cas je n'ai plus de souci.

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