ACTE III, SCÈNE II
Adorez-vous des Dieux ou de pierre ou de bois? »
Ici dispensex-moi du récit des blasphèmes
Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes '.
L'adultère et l'inceste en étoient les plus doux.
<t Oyez, dit-il ensuite, oyez, peuple, oyez, tous *. 840
Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque
De la terre et du ciel est l'absolu monarque,
Seul être indépendant, seul maître du destin5,
Seul principe éternel, et souveraine fin.
C'est ce Dieu des chrétiens qu'il faut qu'on remercie 845
Des victoires qu'il donne à l'empereur Décie ;
Lui seul tient en sa main le succès des combats;
11 le veut élever, il le peut mettre à bas4 ;
Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense ;
C'est lui seul qui punit, lui seul qui récompense. 850
Vous adorez en vain des monstres impuissants, t
Se jetant à ces mots sur le vin et l'encens,
Après en avoir mis les saints vases par terre,
Sans crainte de Félix, sans crainte du tonnerre,
D'une fureur pareille ils courent à l'autel. 855
Cieux ! a-t-on vu jamais, a-t-on rien vu de tel?
Du plus puissant des Dieux nous voyons la statue
Par une main impie à leurs pieds abattue,
Les mystères troublés, le temple profané,
La fuite et les clameurs d'un peuple mutiné, 8C0
Qui craint d'être accablé sous le courroux céleste.
Félix... Mais le voici qui vous dira le reste.
PAULINE
Que son visage est sombre et plein d'émotion I Qu'il montre de tristesse et d indignation 1
l.« Corneille emploie indifféremment cet adverbe même avec une s et sans «. Les poètes, tant gênés d'ailleurs, peuvent avoir la liberté d'ôter et d'ajouter une « à ce mot. » (Voltaibe.) — Voyez le Lexique de Corneille» t. II, p. 81 et 82.
2. Var. Oyes, Félix, suit-il, oyez, peuple, oyez, tous. (1643-56)
3. Var. Seul mattre du destin, seul être indépendant, Substance qui jamais ne reçoit d'accident. (1643-56)