‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 260 sur 619 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Et sortant du baptême, il m'envoie à la mort. 1230

Si vous pouviez comprendre et le peu qu'est la vie, Et de quelles douceurs cette mort est suivie ! Mais que sert de parler de ces trésors cachés A des esprits que Dieu n'a pas encor touchés?

PAULINE

Cruel, car il est temps que ma douleur éclate, 1235

Et qu'un juste reproche accable une âme ingrate.

Est-ce là ce beau feu ? sont-ce là tes serments ?

Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments ?

Je ne te parlois point de l'état déplorable

Où ta mort va laisser ta femme inconsolable; 1240

Je croyois que l'amour t'en parlerait assez,

Et je ne voulois pas de sentiments forcés ;

Mais cette amour si ferme et si bien méritée

Que tu m'avois promise, et que je t'ai portée,

Quand tu me veux quitter, quand tu me fais mourir, 1245

Te peut-elle arracher une larme, un soupir?

Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie * ;

Tu ne la caches pas, tu veux que je la voie ;

Et ton cœur, insensible à ces tristes appas,

Se figure un bonheur où je ne serai pas! 1250

C'est donc là le dégoût qu'apporte l'hyménée :

Je te suis odieuse après mètre donnée !

Hélas !

PAULINE

. Que cet hélas a de peine à sortir Encor s'il commençoit un heureux repentir1, Que, tout forcé qu'il est, j'y trouverois de charmes ! 1255 Mais courage, il s'émeut, je vois couler des larmes.

J'en verse, et plût à Dieu qu'à force d'en verser

Ce cœur trop endurci se pût enfin percer !

Le déplorable état où je vous abandonne

Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne ; 1260

Et si l'on peut au ciel sentir quelques douleurs s,

J'y pleurerai pour vous l'excès de vos malheurs ;

Mais si, dans ce séjour de gloire et de lumière,

Ce Pieu tout juste et bon peut souffrir ma prière,

S'il y daigne écouter un conjugal amour, 1265

Sur votre aveuglement il répandra le jour

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