‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 262 sur 619 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

POLYEUCTE, PÀULlïNE, SÉVÈRE, FAD1AN, Gardes

PAULINE

Hais quel dessein en ce lieu tous amène, Sévère T auroit-on cru qu'un cœur si généreux1 Pût Tenir jusqu'ici braver un malheureux?

Vous traitez mal, Pauline, un si rare mérite : 1295

A ma seule prière il rend cette visite.

Je vous ai fait, Seigneur, une incivilité s, Que vous pardonnerez à ma captivité.

Possesseur d'un trésor dont je n'étois pas digne, Souffrez avant ma mort que je vous le résigne 4, 1000

Et laisse la vertu la plus rare à nos yeux Qu'une femme jamais pût recevoir des cieux Aux mains du plus vaillant et du plus honnête homme Qu'ait adoré la terre et qu'ait vu naître Hoirie. Vous êtes digne d'elle, elle est digne de vous; .. 1305

Ne la refusez pas de la main d'un époux : S'il vous a désunis, sa mort vous va rejoindre. Qu'un feu jadis si beau n'en devienne pas moindre : Rendez-lui votre cœur, et recevez sa foi ; Vivez heureux ensemble, et mourez comme moi ; 151U

C'est le bien qu'à tous deux Polyeucte désire.

Qu'on me mène à la mort, je n'ai plus rien à dire. Allons, gardes, c'est lait.

1. « Voilà dit Chateaubriand dans le Génie du christianisme, ces admirables dialogues à la manière de Corneille, où la franchise de la repartie, la rapidité du tour et la hauteur des sentiments ne manquent jamais de ravir le spectateur. Que Polyeucte est sublime dans cette scène 1 quelle grandeur d'âme, quel divin enthousiasme, quelle dignité t La gravité et la noblesse du caractère chrétien sont marquées jusque dans ces vou$ opposés aux tu de la fille de Félix : cela seul met déjà tout un monde entre le martyr Polyeucte et la païenne Pauline. »

2. Far. Sévère? est-ce le fait d'un homme généreux, De venir jusqu'ici braver un malheureux? (1645-66)

~.Var. Je vous ai fait, Sévère, une incivilité. (1645-56)

4. Var. Souffre», avant mourir, que je vous le résigne. (1645-56)

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