‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 264 sur 619 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

Et si vous me croyiez d'une âme si peu saine.

L'amour que j'eus pour vous tourneroit toute en haine.

Vous êtes généreux; soyez-le jusqu'au bout.

Mon père est en état de vous accorder tout, 1 550

Il vous craint; et j'avance encor cette parole.

Que s'il perd mon époux, c'est à vous qu'il l'immole :

Sauvez ce malheureux, employez-vous pour lui ;

Faites-vous un effort pour lui servir d'appui.

Je sais que c'est beaucoup que ce que je demande ; 1355

Mais plus l'effort est grand, plus la gloire en est grande.

Conserver un rival dont vous êtes jaloux,

C'est un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous ;

Et si ce n'est assez de votre renommée,

C'est beaucoup qu'une femme autrefois tant aimée, 1360

Et dont l'amour peut-être encor vous peut toucher,

Doive à votre grand cœur ce qu'elle a de plus cher •

Souvenez- vous enfin que vous êtes Sévère.

Adieu : résolvez seul ce que vous voulez faire ' ;

Si vous n'êtes pas tel que je l'ose espérer, 1365

Pour vous priser encor je le veux ignorer.

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