FEUX, SÉVÈRE, PAULINE, ALBIN, FAB1AN
SÉVÈttE.
Père dénaturé, malheureux politique*
Esclave ambitieux d'une peur chimérique,
Polyeucte est donc mort! et par vos cruautés
Vous pensez conserver vos tristes dignités ! 1750
La faveur que pour lui je vous avois offerte,
Au lieu de le sauver, précipite sa perle t
J'ai prié, menacé, mais sans vous émouvoir;
Et vous m'avez cru fourbe ou de peu de pouvoir I
Eh bien ! à vos dépens vous verrez que Sévère * 1755
Ne se vante jamais que de ce qu'il peut faire ;
Et par votre ruine ii vous fera juger
Que gui peut bien vous perdre eût pu vous protéger.
Continuez aux Dieux ce service lidèle;
Par de telles horreurs montrez-leur votre zèle. 1760
Adieu; mais quand l'orage éclatera sur vous,
Ne doutez point du bras dont partiront les coups.
FÉLIX
Arrêtez-vous, Seigneur, et d'une âme apaisée1 Souffrez que je vous livre une vengeance aisée.
Ne me reprochez plus que par mes cruautés 1705
Je tâche à conserver mes tristes dignités : Je dépose â vos pieds l'éclat de leur faux lustre. Celle où j'ose aspirer est d'un rang plus illustre; Je m'y trouve forcé par un secret appas; Je cède à des transports que je ne connois pas; - 1770
Et par un mouvement que je ne puis entendre, De ma fureur je passe au zèle de mon gendre. C'est lui, n'en doutez point, dont le sang innocent Pour son persécuteur prie un Dieu tout-puissant; Son amour épandu sur toute la famille 17 7 j
Tire après lui le père, aussi bien que la fille. J'en ai fait un martyr, sa mort me fait chrétien : J'ai fait tout son bonheur, il veut faire le mien. C'est ainsi qu'un chrétien se venge et se courrouce. Heureuse cruauté dont la suite est si douce 1 17t0
Donne la main, Pauline. Apportez des liens ;
i.Var. Eh bienl à vos dépens vous saurez que Sévère. (164.VG0) î. Var. Arrêtez-vous, Sévère, et d'une aine apaisée. (1643-56)