‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 343 sur 619 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

AG1UPPME, BUlUUiUS

AGUlI'l'LKE.

Quel attentat, Burrhus!

BURRHUS

Je n'y poun*ai survivre, Madame : il faut quitter la cour et l'Empeieur.

AGRIPPINE

Quoi? du sang de son frère il n'a point eu d'horreur?

BURRHUS

Ce dessein s'est conduit avec plus de mystère.

A peine l'Empereur a vu venir son frère, 1620

Il se lève, il l'embrasse, on se tait, et soudain

César prend le premier une coupe à la main :

« Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices,

Ma main de cette coupe épanche les prémices,

Dit-il; Dieux, que j'appelle à cette effusion, 4625

Venez favoriser noire réunion. »

Par les mêmes serments Britannicus se lie ;

La coupe dans ses mains par iNarcisse est remplie;

Mais ses lèvres à peine en ont touché les bords,

Le fer ne produit point de si puissants efforts ft, 1650

Madame : la lumière à ses yeux est ravie;

11 tombe sur son lit sans chaleur et sans vie.

Jugez combien ce coup frappe tous les esprits :

La moitié s'épouvante et sort avec des cris;

Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage 1635

Sur les yeux de César composent leur visage1

1. « Tarn prœcipitem necein quam si ferro urgeretur.» (Annale*, livre XIII, chapitre xv.)

2. « Trepidatur a circumsedentibus : diffugiunt imprudentes ; at

?uibus aitior intellectus, resistunt defixi, et Neronem intuentes. » Ibidem, livre XIII, chapitre ivt.)

Cependant sur son lit il demeure penché ;

D'aucun étonnement il ne paroît touché :

c Ce mal, dont tous craignez, dit-il, la violence,

A souvent sans péril attaqué son enfance *. » 1640

Narcisse veut en vain affecter quelque ennui,

Et sa perfide joie éclate malgré lui.

Pour moi, dût l'Empereur punir ma hardiesse.

D'une odieuse cour j'ai traversé la presse ;

Et j'allois, accablé de cet assassinat. 4 015 j

Pleurer Britannicus, César et tout l'État.

AGBIPPWI.

Le voici. Vous verrez si c'est moi qui l'inspire*.

1. « Me, ut erat reclinis, et nescio similis, solitum ita ait per comitialem morbum, quo primura ab infantia adflictaretur Britannicus, et redituros paulatim visus sensusque. » (Annales, livre Xill. chapitre xti.)

2. Var. Le voici. Vous verres si je aais sa complice. Demeurez. (16TO)

— Ces mots étaient suivis, danf la même édition de 1670. .d'une scène sixième, que Racine supprimé depuis. La voici, avec le commencement 4p la scène suivante :

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