BURRHUS, NARCISSE
BURRHUS
Quoi? Narcisse, au palais obsédant l'Empereur, Laisse Britannicus en proie à sa fureur! Narcisse qui devroit d'une amitié sincère Sacrifier au fils tout ce qu'il tient du père; Qui devroit, en plaignant avec lui son malheur, Loin des yeux de César détourner sa douleur 1 Voulez-vous qu'accablé d'horreur, d'inquiétude, Pressé du désespoir qui suit la solitude, 11 avance sa perte en voulant l'éloigner, Et force l'Empereur à ne plus l'épargner? Lorsque de Claudius l'impuissante vieillesse Laissa de tout l'Empire Agrippine maîtresse, Qu'instruit du successeur que lui gardoient les Dieux, Il vit déjà son nom écrit dans tous les yeux, Ce prince, à ses bienfaits mesurant votre zèle, Crut laisser à son fils un gouverneur fidèle, Et qui, sans s'ébranler, verroit passer un jour Du côté de Néron la fortune et la cour. Cependant aujourd'hui, sur la moindre menace Qui de Britannicus présage la disgrâce, Narcisse, qui devoit le quitter le dernier, Semble dans le malheur le plonger le premier. César vous voit partout attendre son passage.
NARCISSE
Avec tout l'univers je viens lui rendre hommage, Seigneur : c'est le dessein qui m'amène en ces lieux.
BURRHUS
Près de Britannicus vous le servirez mieux. Craignez-vous que César n'accuse votre absence? Sa grandeur lui répond de votre obéissance. C'est à Britannicus qu'il faut justifier Un soin dont ses malheurs se doivent défier. Vous pouvez sans péril respecter sa misère; Néron n'a point juré la perte de son frère; Quelque froideur qui semble altérer leurs esprits, Votre maître n'est point au nombre des proscrits.