‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 367 sur 619 · UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES

Ciel 1 qui nous défendra, si tu ne nous défends ?

MARDOCHÉE

Laissez les pleurs, Esther, à ces jeunes enfants.

En vous est tout l'espoir de vos malheureux frères. 185

Il faut les secourir. Mais les heures sont chères :

Le temps vole, et bientôt amènera le jour

Où le nom des Hébreux doit périr sans retour.

Toute pleine du feu de tant de saints prophètes,

Allez, osez au Hoi déclarer qui vous êtes *. 190

Hélas ! ignorez-vous quelles sévères lois

Aux timides mortels cachent ici les rois?

Au fond de leur palais leur majesté terrible

Affecte à leurs sujets de se rendre invisible ;

Et la mort est le prix de tout audacieux 195

Qui, sans être appelé, se présente à leurs yeux,

Si le Roi dans 1 instant, pour sauver le coupable,

Ne lui donne à baiser son sceptre redoutable.

Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal,

Mi le rang, ni le sexe ; et le crime est égal. 200

Moi-même, sur son trône, à ses côtés assise,

Je suis à cette loi comme une autre soumise ;

Et sans le prévenir, il faut, pour lui parler,

Qu'il me cherche, ou du moins qu'il me fasse appeler*.

la lettre d'Assuérus envoyée par Aman aux gouverneurs des provinces. (Etther, nu, 5.)

1. « Jussimus ut quoscumque Aman.... monstraverit, cum conjugibus ac liberis deleantur. » {Ibidem, xm, 6). « Missœ sunt (litterae) per cursores Régis ad uni versas provincias, ut occiderent atque delerent omnes Judsos, a puero usque ad senern, parvulos et mulieres, uno die. > (Ibidem, in, 13.)

2. Mardochée, dans le Livre d' Esther, nr, 8, fait dire à Esther d'aller trouver le Roi et d'intercéder auprès de lui pour son peuple : « Ctintraret ad Regem «t deprecaretur eum pro populo suo. »

3. « Quae respondit ei, et jussit ut diceret Mardochaso : «Omnes « servi Régis, et cunctae qus sub ditione ejus sunt norunt nro-

vincis quod sive vir, sive mulier. non vocatus, intenus atrium

MAJUMCHÉB.

Quoi ? lorsque vous voyez périr votre patrie, 205

Pour quelque chose, Esther, vous comptes votre vie I Dieu parle, et d'un mortel vous craignes le courroux I Que dis-je? votre vie, Esther, est-elle à vous? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue ? N'est-elle pas à Dieu dont vous l'avez reçue? 210

Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas, Si pour sauver son peuple il ne vous gardoit pas1?

Songez-y bien : ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie, Ni pour charmer les yeux des profanes humains. 215

Pour un plus noble usage il réserve ses saints. S'immoler pour son nom et txmr son héritage, D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage .: Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours! Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours? 220

Que peuvent contre lui tous les. rois de la terre? En vain ils s'uhiroient pour lui faire la guerre : Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer; Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer*. Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble*; 225

11 voit comme un néant tout l'univers ensemble ; Et les foibles mortels, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étoient pas4*

S'il a permis d'Aman l'audace criminelle, Sans doute qu'il vouloit éprouver votre zélé. 230 .

C'est lui qui, m'excitant a vous oser chercher* Devant moi, chère Esther, a bien voulu marcher; Et s'il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles, Nous n'en verrons pas moins éclater ses merveilles. Il peut confondre Aman, il peut briser nos fers 235

Par la plus foible main qui soit dans l'univers. Et vous, qui n'aurez point accepté cette grâce,

«Régis intraverit, abaque ulla cunctatione statim interfloiatur, nisi «forte Rex auream virgam ad eum tetenderit pro signo démentis^ « atque ita possit vivere. Ego igitur quomodo ad ftegem intrare po- « tero, quae triginta jam diebus non sum vocata ad eum i » (Egther, iv, 10 et li.J

1. « Et quis novit utrum idcîrco ad regnum vénerie, ut in tali tempore pararerist» (Esther, iv, il.) t

S. « Avertente autemte faciera, turbabuntur,..* et in pulveren suuin revertentur. » (Psaume cm, 29.)

3. « Dédit vocem suara, mota est .terra. » (Psaume u.v» 7.) — « llare vidit et fugit. » (Psaume cxm 3.)

•Lit* 0mnes «entes quasi non sint, sic sunt coram ee, et quas ninilum et inane repuiate sunt el. » (Isole, xl, il)

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