‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 391 sur 619 · UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES

Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel! si quelque infidèle, 750 Ecoutant nos discours, nous alloit déceler 41

ÉLISE

Quoi? fille d'Abraham, une crainte mortelle

Semble déjà vous faire chanceler?

lié 1 si l'impie Aman, dans sa main homicide Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant, 755

A blasphémer le nom du Tout-Puissant

Vouloit forcer votre bouche timide ?

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Peut-être Assuérus, frémissant de courroux, Si nous ne courbons les genoux

Devant une muette idole, 760

Commandera qu'on nous immole.

1. Louis Racine s'est approprié cette belle expression dans son poème de la Religion (chant m) :

Aux feux inanimés qui roulent sur leurs têtes.

2. m Et miseront deos eorura in ignem : non enim erant dii, sed opéra manuum hominum. » (Livre IV des Rois, xix, 18.) — Opus manuum suarum adoraverunt, quod fecerunt digiti eorum. » /sait, u, 8.)

3. « Cum autera conversus fuerit ad Dominum, aufefetur velamen. » (Épitre II aux Corinthiens, m, 16.)

4. On a rapproché de ces vers une recommandation semblable adressée par le Chœur à Oreste et à Electre, dans les Choéphoreê d'Eschyle (vers 259-261).

436 EST1ÎER.

Chère soeur, que choisirez-vous?

LA JEUVE ISRAÉLITE.

Moi 1 je pourrois trahir le Dieu que j'aime? J'adorerois un Dieu sans force et sans vertu, Reste d'un tronc par les vents abattu, 765

Qui ne peut se sauver lui-môme?

le choeur chante.

Dieux impuissants, dieux sourds *, tous ceux qui vous implorent

Ne seront jamais entendus.

Que les démons, et ceux qui les adorent, Soient à jamais détruits et confondus1. 770

UNE ISRAÉLITE ckatlte.

Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie,

Dans les craintes, dans les ennuis,

En ses bontés mon âme se confie.

Veut-il par mon trépas que je le glorifie ? 775

Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie.

ÉLISE

Je n'admirai jamais la gloire de l'impie.

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Au bonheur du méchant qu'une autre porte envie.

ÉLISE

Tous ses jours paroissent charmants ; 780

L'or éclate en ses vêtements; Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse ; Jamais l'air n'est troublé de ses gémissements ; Il s'endort, il s'éveille au son des instruments ;

Son cœur nage dans la mollesse*. 785

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Pour comble de prospérité, Il espère revivre en sa postérité ; Et d'enfants à sa table une riante troupe

1. « Aures habent (stmu lacra genttum) et non audient. » (Psaume cxui, Non nobiê Domine, 6.) — « Omnia idola iiationum,... quibus neque oculorum usus est ad videndum. . . . neque aures ad audiendum. » (Sagesse, xt, 15.)

î. tConfundanluromnes qui adorant sculptilia, et qui gloriantur in simulacris suis. » (Psaume xevi, 7.)

3. • Vs qui consurgitis mane ad ebrietatem sectandara et potandura usque ad vesperam, ut vino œsluetis. Cithara, et Ivra, et tympanum, et tibia, et vinum, inconviviis vestris; et opus Domini non respicitis, nec opéra raanuum ejus consideralis. » (isale, f.

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