‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 434 sur 619 · ALTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ALTE I, SCÈNE II

Diru, dont le bras vengeur, pour un temps suspendu, Sur celte race impie est toujours étendu?

JOSADET.

Et c'est sur tous ces rois sa justice sévère 235

Que je crains pour le fils de mon malheureux frère.

Qui sait si cet enfant, par leur crime entraîné,

Avec eux en naissant ne fut pas condamné?

Si Dieu, le séparant d'une odieuse race,

En faveur de David voudra lui faire grâce? 240

Hélas ! l'état horrible où le ciel me l'offrit * Revient à tout moment effrayer mon esprit. De princes égorgés la chambre étoit remplie. Un poignard à la main, l'implacable Athalie Au carnage animoit ses barbares soldats, 245

Et poursuivoit le cours de ses assassinats. Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue. Je me figure encor sa nourrice éperdue, Qui devant les bourreaux s'étoit jetée en vain. Et foible le tenoit renversé sur son sein. 250

Je le pris tout sanglant. En baignant son visage, Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage; Et soit frayeur encore, ou pour me caresser, De ses bras innocents je me sentis presser1. Grand Dieu, que mon amour ne lui soit point funeste. 255 Du fidèle David c'est le précieux reste f : Nourri dans ta maison, en l'amour de ta loi, Il ne connoît encor d'autre père que toi. Sur le point d'attaquer une reine homicide, A l'aspect du péril si ma foi s'intimide, 200

Si la chair et le sang5, se troublant aujourd'hui, Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui, Conserve l'héritier de tes saintes promesses, Et ne punis que moi de toutes mes foiblesses.

JOAD

Vof larmes, Josabet, n'ont rien de criminel ; 265

Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paternel. Il ne recherche point, aveugle en sa colère,

1. Ce tableau est de l'invention du poêle. L'Écriture dit seulement qu'Athalie, mère d'Ochozias, voyant son fils mort, se leva et fit périr toute In race royale, et que Josabeth, fille du Roi, emporta Joas, fils d'Ochozias, et le déroba du milieu des fils du itui, tandis qu'on les tuait, et le cacha avec sa nourrice.

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