‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 454 sur 619 · ACTE IT, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE IT, SCENE VII

J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies; 675

Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.

ATHAUE.

Hé quoi? vous n'avez point de passe-temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous. Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.

JOAS

Moi, des bienfaits de Dieu je perdrois la mémoire ? 680

ATHAUE.

Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.

JOAS

Vous ne le priez point.

ATHAUE.

Vous pourrez le prier.

JOAS

Je verrois cependant en invoquer un autre ?

ATHALIE

J'ai mon Dieu que je sers ; vous servirez le vôtre Ce sont deux puissants Dieux.

JOAS

Il faut craindre le mien : 685 Lui seul est Dieu, Madame, et le vôtre n'est rien.

ATHAUE.

Les plaisirs près de moi tous chercheront en foule.

JOAS

Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule1.

ATHALIE

Ces menants, qui sont-ils?

JOSABET.

lié, Madame ! excuse* Un enfant. ...

athaub, à Josabet.

J'aime à voir comme vous l'instruisez. 600 Enfin, Éliacln, vous avez su me plaire ; Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire. Vous Toyei, je suis reine, et n'ai point d'héritier. Laissez là cet habit, quittez ce vil métier. Je yeux vous faire part de toutes mes richesses; C95

Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses. A ma table, partout, à mes côtés assis , Je prétends vous traiter comme mon propre fils *.

1 . « Ad nihilum devenient (peccatores), tanquam aqua decurrens. » Psaume lvii, 8.)

2. Le P. Brumoy, dans son Théâtre de* Grec$, a comparé YAthalie de Racine à l'Ion d'Euripide. Ion, fils d'Apollon et de Creuse, a été élevé dans le temple de Delphes par la prêtresse du dieu, comme

490 AT 11 ALI E

JOAS

Comme votre fils*

ATHAUB.

Oui. . . . Vous vous taisez?

Quel père Je quitterais t Et pour. • . .

ATHAUE.

Hé bien?

JOAS

Pour quelle mère ! 700 athalie, à Josabet.

Sa mémoire est fidèle ; et dans tout ce qu'il dit De vous et d, Joad je reconnois l'esprit. Voilà comme ufectant cette simple jeunesse, Vous employé» tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivei déjà leur haine et leur fureur ; 705

Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur.

JOSABET.

Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire ? Tout l'univers les sait ; vous-même en faites gloire.

ATHALIE

Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité,

A vengé mes parents sur ma postérité ft. 710

J'aurais tu massacrer et mon père et mon frère *,

Du haut de son palais précipiter ma mère,

Et dans un même jour égorger à la fois,

Quel spectacle d'horreur 1 quatre-vingts fils de rois s :

Et pourquoi ? pour venger je ne sais quels prophètes, 715

Joas Ta été par Joad et Josabeth dans le temple de Jérusalem. A ce rapport superficiel du sujet on peut joindre quelques traits qui se peuvent rapprocher. 11 est dit d'Ion, comme de Joas, qu'il n'eut jamais connaissance de ses parents. Dans les questions que lui fait Creuse, il en est qui rappellent celles d' Athalie. Xuthus, qui le croit son fils, lui propose de quitter le temple pour venir demeurer avec lui, et veut le séduire par des promesses semblables à celles de la Reine à Joas ; mais Ion répond, comme Joas, qu'il préfère aux grandeurs la vie qu'il mène dans le lieu saint.

1. « Athalia vero, mater Ochoziœ, videns mortuum fllium suum, surrexit et interfecit orane semen regium. » (Livre IV des Roiê, xi, 1.)

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