SCÈNE V
DON D1ÈGDE
Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :
Nos plus heureux >uccès sont mêl£s de tristesse; '• ^ «.V-
Toujours quelques soucis en ces~evénements '
Troublent la pureté de nos contentements.
Au milieu du bonheur mon âme en sent l'atteinte: • ViOO
Je nage dans la joie, et je tremble de crainte. nr*--' > -
J'ai vu mort l'ennemi qui m'a voit outragé;
Et je ne saurois voir la main qui m'a vengé.
En vain je m'y travaille, et d'un soin mutile,
1. Var. Si j'en obtiens l'effet, je te donne ma foi. (1637-56;
54 LE GID.
Tout cas§£ que je suieTje cours toute la ville : 1010
Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur *
Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur *.
A toute heure, en tous lieux, dans une nuit si sombre,
Je pense l'embrasser, et n'embrasse qu'une ombre ;
Et mon amour, déçu par cet objet trompeur, 1015
Se forme des soupçons qui redoublent ma peur.
Je ne découvre point de marques de sa fuite ;
Je crains du Comte mort les amis et la suite;
Leur nombre m'épouvante, et confond ma raison.
Rodrigue ne vit plus, ou respire en prison. 4020
Justes cieux ! me trompé-je encore à l'apparence.
Ou si je vois enfin mon unique espérance ? ^jzCJ^
C'est lui, n'en doutons plus; mes vœux sont exaucés, p****^
Ha crainte est dissipée, et mes ennuis cessés.