SCÈNE II
NARBAS, ISMÉNIE, dans le fond du théâtre, où Von découvre ie tombeau de Cresphonte.
ISHÉME.
Quel est cet inconnu dont la vue indiscrète
Ose troubler la Reine, el percer sa retraite? 630 v
Est-ce de nos tyrans quelque ministre affreux,
Dont l'œil vient épier les pleurs des malheureux ?
HARBAS.
Oh I qui que vous soyez, excusez mon audace :
C'est un infortuné qui demande une grâce.
Il peut servir Mérope ; il voudrait lui parler. 635
ISMÉNIB.
Àhî quel temps prenez-vous pour oser la troubler? Respectez la douleur d'une mère éperdue, Malheureux étranger, n'offensez point sa vue ; Éloignez-vous.
MARBAS.
Hélas! au nom des Dieux vengeurs, Accordez cette grâce à mon âge, à mes pleurs. 640
Je ne suis point, Madame, étranger dans Messène. Croyez, si vous servez, si vous aimez la Reine, Que mon cœur, à son sort attaché comme vous, De sa longue infortune a senti tous les coups. Quelle est donc cette tombe en ces lieux élevée 645
Que j'ai vu ' de vos pleurs en ce moment lavée?
ISMÉNIB.
C'est la tombe d'un roi des Dieux abandonné, D'un héros, d'un époux, d'un père infortuné, De Cresphonte.
narbas, allant vers le tombeau.
0 mon maître! 6 cendres que j'adore! 650
ISMÉNIB.
L'épouse de Cresphonte est plus à plaindre encore.
MARBAS.
Quels coups auraient comblé ses malheurs inouïs?
l.Nous écririons vue. Voltaire suit encore parfois l'usage le plus ordinaire du dix-septième siècle, qui était de ne pas faire accorder le participe passé accompagné d'un autre participe ou d'un infinitif. Voyez au vers 1106 d'Esther et au vers 1618 VAthalie. a
572 MfiKOPE.
- ISMÉNIE
Le coup ie plus terrible : on a tué son fils.
NARRAS.
Son fils Egisthe, ô Dieux? le malheureux Égisthe?
ISMÉNIE
Nul mortel en ces lieux n'ignore un sort si triste.
NARBAS.
Son lils ne serait plus 1
ISMÉNIE
Un barbare assassin 655
Aux portes de Hessène a déchiré son sein.