ON GARDE DE LA MARÉG HAUSSÉS
LE GARDE
Monsieur, j'ai deux mote à vous dire. 715
ALCESTE
Vous pouvez parler haut, Monsieur, pour m'en instruire
LE GARDE
Messieurs les maréchaux, dont j'ai commandement, Vous mandent de venir les trouver promptement *, Monsieur.
ALCESTE
Qui ? moi, Monsieur?
LE GARDE
Vous-même.
Et pour quoi faire?
1 . Le hoqueton des gardes de la maréchaussée de France était une jaquette, c'est-à-dire un vêtement assez ample qui tombait jusqu'aux genoux. — Avec du dor dessus. Les gens du peuple et de la campagne disaient par corruption, du dor, pour de Vor. Pierrot dit de même dans le Festin de pierre (acte II, scène i) : « 11 a du dor à son habit tout depuis le haut jusqu'en bas.»
2. Avant la révolution, le tribunal des maréchaux de France connaissait des affaires d'honneur entre gentilshommes ou officiers; il réglait les réparations suivant la gravité des offenses, et, pour garantie de ses jugements, il exigeait la parole des deux adversaires. Ce tribunal avait à Paris une garde, dite de la connétablie, chargée d'exécuter ses ordres.
pbilinte, à Âlceste.
C'est d'Oronte et de vous la ridicule affaire. 720
céLHÈire, à Philinte.
Comment?
PHILINTE
Oronte et lui se sont tantôt bravés Sur certains petits vers, qu'il n'a pas approuvés ; Et l'on veut assoupir la chose en sa naissance.
ALCESTE
Moi, je n'aurai jamais de lâche complaisance.
PHILINTE
Mais il faut suivre l'ordre : allons, disposez-vous... 725
ALCESTE
Quel accommodement veut-on faire entre nous ? La voix de ces Messieurs me condamnera-t-elle A trouver bons les vers qui font notre querelle ? Je ne me dédis point de ce que j'en ai dit, Je les trouve méchants.
PHILINTE
Mais d'un plus doux esprit . . . 730
ALCE8TE.
Je n'en démordrai point, les vers sont exécrables.
PHILINTE
Vous devez faire voir des sentiments traitables. Allons, venez.
ALCESTE
J'irai ; mais rien n'aura pouvoir De me faire dédire.
PHILINTE
Allons vous faire voir.
ALCESTE
Hors qu'un commandement exprès du Roi me vienne 73* De trouver bons les vers dont on se met en peine, Je soutiendrai toujours, morbleu ! qu'ils sont mauvais, Et qu'un homme est pendable après les avoir faits '.
1. Brossette raconte que Molière engageait un jour Boilcau à moins maltraiter Chapelain dans ses Satires, en lui représenta i que ce poète était aimé de Golbert et du Roi lui-même. « Oh ! le lioi et M. de Golbert feront ce qu'il leur plaira, répondit Boileau ; mais, a moins que le Roi ne m'ordonne expressément de trouver ÏÏ5L . verl .4e,ChaP«lain, je soutiendrai toujours qu'un homme, après avoir fait la Pucelle, mérite d'être pendu. »