ACTE V, SCÈNE I. 7i
Et déjà cette nuit m'auroit été mortelle, 1485
Si j'eusse combattu pour ma seule querelle; Mais défendant mon roi, son peuple et mon pays ', A me défendre mal je les aurois trahis. Mon esprit généreux ne hait pas tant la vie, Qu'il en veuille sortir par une perfidie. 1490
Maintenant qu'il s'agit de mon seul intérêt, Vous demandez ma mort, j'en accepte l'arrêt. Votre ressentiment choisit la main d'un autre Je ne méritois pas de mourir de la vôtre) : n ne me Terra point en repousser les coups ; 1495
Je dois plus de respect à qui combat pour tous ; Et ravi de penser que c'est de tous qu'ils Tiennent* Puisque c'est TOtre honneur que ses armes soutiennent, Je Tais lui présenter mon estomac ouTert1, Adorant en sa main la TÔtre qui me perd. 1500
crocus.
Si d'un triste devoir la juste violence, Qui me fait malgré moi poursuivre ta vaillance, Prescrit à ton amour une si forte loi Qu'il te rend sans défense à qui combat pour moi, En cet aveuglement ne perds pas la mémoire 1505
Qu'ainsi que de ta vie il y va de ta gloire, Et que dans quelque éclat que Rodrigue ait vécu, Quand on le saura mort, on le croira vaincu.
Ton honneur t'est plus cher que je ne te suis chère5, Puisqu'il trempe tes mains dans le sang de mon père4, 1510 Et te fait renoncer, malgré ta passion, A l'espoir le plus doux de ma possession : Je t'en vois cependant faire si peu de compte, Que sans rendre combat tu veux qu'on te surmonte. Quelle inégalité ravale ta vertu ? 1515
Pourquoi ne l'as-tu plus, ou pourquoi l'avois-tu? Quoi? n'es-tu généreux que pour me faire outrage? S'il ne faut m'offenser, n'as-tu point de courage? Et traites-tu mon père avec tant de rigueur, Qu'après l'avoir vaincu tu souffres un vainqueur? 1520
Va, sans vouloir mourir, laisse-moi te poursuivre 8,
1. Var. Mais défendant mon roi, son peuple et le pays. (1637-56)