‹ Théâtre complet, 1622-1673Chapitre 120 sur 223 · POLIDORE, VALÈRE · texte numérisé non relu

POLIDORE, VALÈRE

POLIDORE

Enfin, le beau mignon, vos bons déportements Troubleront les vieux jours d'un père à tous moments; Tous les jours vous ferez de nouvelles merveilles, Et nous n'aurons jamais autre chose aux oreilles.

VALÈRE

Que fais-je tous les jours qui soit si criminel? En quoi mériter tant le courroux paternel ?

POLIDORE

Je suis un étrange homme, et d'une humeur terrible,

D'accuser un enfant si sage et si paisible !

Las! il vit comme un saint, et dedans la maison

Du matin jusqu'au soir il est en oraison.

Dire qu'il pervertit l'ordre de la nature,

Et fait du jour la nuit, ô la grande imposture !

Qu'il n'a considéré père ni parenté

En vingt occasions, horrible fausseté !

Que de fraîche mémoire un furtif hyménée !

A la fille d'Albert a joint sa destinée,

Sans craindre de la suite un désordre puissant :

On le prend pour un autre, et le pauvre innocent

Ne sait pas seulement ce que je lui veux dire !

Ha! chien, que j'ai reçu du ciel pour mon martyre,.

Te croiras-tu toujours, et ne pourrai-je pas

Te voir une foi sage avant mon trépas ?

VALÈRE, seul et rêvant.

D'où peut venir ce coup ? Mon âme embarrassée Ne voit que Mascarille où jeter sa pensée. Il ne sera pas homme à m'en faire un aveu : Il faut user d'adresse et me contraindre un peu Dans ce juste courroux.

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