SCÈNE II ÉRASTE, GROS-RENÉ
ÉRASTE Encore rebuté ?
GROS-RENÉ
Jamais ambassadeur ne fut moins écouté ;
A peine ai-je voulu lui porter la nouvelle
Du moment d'entretien que vous souhaitiez d'elle,
Qu'elle m'a répondu, tenant son quant-à-moi :
« Va, va. je fais état de lui comme de toi;
Dis-lui qu'il se promène » ; et, sur ce beau langage,
Pour suivre son chemin m'a tourné le visage.
Et Marinette aussi, d'un dédaigneux museau,
Lâchant un : « Laissez-nous, beau valet de carreau »,
M'a planté là comme elle, et mon sort et le vôtre
N'ont rien à se pouvoir reprocher l'un à l'autre.
ÉRASTE
L'ingrate ! recevoir avec tant de fierté Le prompt retour d'un cœur justement emporté! Quoi ! le premier transport d'un amour qu'on abuse Sous tant de vraisemblance est indigne d'excuse? Et ma plus vive ardeur, en ce moment fatal, Devait être insensible au bonheur d'un rival ? Tout autre n'eût pas fait même chose en ma place, Et se fût moins laissé surprendre à tant d'audace? De mes justes soupçons suis-je sorti trop tard? Je n'ai point attendu de serments de sa part; Et, lorsque tout le monde encor ne sait qu'en croire, Ce cœur impatient lui rend toute sa gloire :