‹ Théâtre complet, 1622-1673Chapitre 189 sur 223 · GORGIBUS, CÉLIE, SA SUIVANTE · texte numérisé non relu

GORGIBUS, CÉLIE, SA SUIVANTE

CELIE, sortant tout éplorée, et son père la suivant. Ah ! n'espérez jamais que mon cœur y consente.

GORGIBUS

Que marmottez-vous là, petite impertinente ?

Vous prétendez choquer ce que j'ai résolu,

Je n'aurai pas sur vous un pouvoir absolu,

Et par sottes raisons votre jeune cervelle

Voudrait régler ici la raison paternelle?

Qui de nous deux à l'autre a droit de faire loi?

A votre avis, qui mieux, ou de vous, ou de moi,

Ô sotte, peut juger ce qui vous est utile?

Par le morbleu! gardez d'échauffer trop ma bile;

Vous pourriez éprouver, sans beaucoup de longueur,

Si mon bras sait encor montrer quelque vigueur ;

Votre plus court sera, madame la mutine,

D'accepter sans façon l'époux qu'on vous destine.

8 SGANARELLE

J'ignore, dites-vous, de quelle humeur il est, Et dois auparavant consulter s'il vous plaît. Informé du grand bien qui lui tombe en partage, Dois-je prendre le soin d'en savoir davantage? Et cet époux, ayant vingt mille bons ducats, Pour être aimé de vous doit-il manquer d'appas ? Allez ; tel qu'il puisse être, avecque cette somme, Je vous suis caution qu'il est très honnête homme.

CÉLIE Hélas !

GORGIBUS

Hé! bien hélas! Que veut dire ceci?

Voyez le bel hélas! qu'elle nous donne ici ! Hé ! que si la colère une fois me transporte, Je vous ferai chanter hélas! de belle sorte. Voilà, voilà le fruit de ces empressements Qu'on vous voit nuit et jour à lire vos romans ; De quolibets d'amour votre tête est remplie, Et vous parlez de Dieu bien moins que de Clélie. Jetez-moi dans le feu tous ces méchants écrits Qui gâtent tous les jours tant de jeunes esprits ; Lisez-moi comme il faut, au lieu de ces sornettes, Les Quatrains de Pibrac, et les doctes Tablettes Du conseiller Matthieu, ouvrage de valeur Et plein de beaux dictons à réciter par cœur. La Guide des pécheurs est encore un bon livre : C'est là qu'en peu de temps on apprend à bien vivre, Et si vous n'aviez lu que ces moralités, Vous sauriez un peu mieux suivre mes volontés.

CÉLIE Quoi! vous prétendez donc, mon père, que j'oublie La constante amitié que je dois à Lélie ? J'aurais tort, si sans vous je disposais de moi ; Mais vous-même à ses vœux engageâtes ma foi.

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