‹ Théâtre complet, 1622-1673Chapitre 209 sur 223 · SCENE SEIZIEME · texte numérisé non relu

SCENE SEIZIEME

SGANARELLE

Si je suis affligé, ce n'est pas pour des prunes, Et je le donnerais à bien d'autres qu'à moi De se voir sans chagrin au point où je me vois. Des maris malheureux vous voyez le modèle : On dérobe l'honneur au pauvre Sganarelle ; Mais c'est peu que l'honneur, dans mon affliction, L'on me dérobe encor la réputation.

CÉLIE Comment?

SGANARELLE

Ce damoiseau, parlant par révérence, Me fait cocu, Madame, avec toute licence; Et j'ai su par mes yeux avérer aujourd'hui Le commerce secret de ma femme et de lui.

CÉLIE

Celui qui maintenant...

SGANARELLE

Oui, oui, me déshonore :

Il adore ma femme, et ma femme l'adore.

CÉLIE

Ah! j'avais bien jugé que ce secret retour Ne pouvait me couvrir que quelque lâche tour, Et j'ai tremblé d'abord, en le voyant paraître, Par un pressentiment de ce qui devait être.

SGANARELLE

Vous prenez ma défense avec trop de bonté; Tout le monde n'a pas la même charité,

30 SGANARELLE

Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre, Bien loin d'y prendre part, n'en ont rien fait que rire.

CÉLIE

Est-il rien de plus noir que ta lâche action, Et peut-on lui trouver une punition?

Dois-tu ne te pas croire indigne de la vie, Après t'être souillé de cette perfidie ? Ô ciel ! est-il possible ?

SGANARELLE

Il est trop vrai pour moi.

CÉLIE

Ah! traître, scélérat, âme double et sans foi.

SGANARELLE La bonne âme!

CÉLIE

Non, non, l'enfer n'a point de gêne Qui ne soit pour ton crime une trop douce peine.

SGANARELLE

Que voilà bien parler !

CÉLIE

Avoir ainsi traité Et la même innocence et la même beauté !

SGANARELLE. (Il soupire haut.)

Hay!

CÉLIE

Un cœur qui jamais n'a fait la moindre chose A mérité l'affront où ton mépris l'expose ?

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