‹ Théâtre complet, 1622-1673Chapitre 215 sur 223 · SCÈNE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE VINGT ET UNIÈME

LÉLIE Ah ! je vois...

Cet objet suffit pour te confondre.

LÉLIE

Mais pour vous obliger bien plutôt à rougir.

SGANARELLE

Ma colère à présent est en état d'agir ;

Dessus ses grands chevaux est monté mon courage,

Et si je le rencontre, on verra du carnage :

Oui, j'ai juré sa mort, rien ne peut m'empêcher;

Où je le trouverai, je le veux dépêcher;

Au beau milieu du cœur il faut que je lui donne...

LÉLIE

A qui donc en veut-on ?

SGANARELLE

Je n'en veux à personne.

LÉLIE

Pourquoi ces armes-là ?

SGANARELLE

C'est un habillement Que j'ai pris pour la pluie.

(A part.)

Ah ! quel contentement J'aurais à le tuer! Prenons-en le courage.

LÉLIE Hay?

SGANARELLE, se donnant des coups de poing sur ? estomac et des soufflets pour s'exciter.

Je ne parle pas

(A part.)

Ah! poltron dont j'enrage, Lâche, vrai cœur de poule !

CÉLIE

Il t'en doit dire assez, Cet objet dont tes yeux nous paraissent blessés.

LËLIE

Oui, je connais par là que vous êtes coupable

De l'infidélité la plus inexcusable

Qui jamais d'un amant puisse outrager la foi.

SGANARELLE, à part.

Que n'ai-je un peu de cœur!

CÉLIE

Ah ! cesse devant moi, Traître, de ce discours l'insolence cruelle.

SGANARELLE

Sganarelle, tu vois qu'elle prend ta querelle ; Courage, mon enfant, sois un peu vigoureux : Là ! hardi ! tâche à faire un effort généreux, En le tuant tandis qu'il tourne le derrière.

LELIE, faisant deux ou trois pas sans dessein, fait retourner Sganarelle qui s'approchait pour le tuer.

Puisqu'un pareil discours émeut votre colère, Je dois de votre cœur me montrer satisfait Et l'applaudir ici du beau choix qu'il a fait.

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