SCÈNE III Les Mèues, FERNAND
FERNAND, entrant.
Je te cherchais pour te faire mes adieux.
ANDRÉ
Et moi j'allais te retrouver pour te prier de rester ici tout le temps que ta mère et toi comptiez y demeurer. Je viens de causer avec ta mère, qui, ce matin, m'a demandé la main de Marthe pour toi, et à qui je l'ai refusée.
FERNAND
J'ignorais la demande de ma mère, mais ensuite elle m'en a dit le résultat.
ANDRÉ
Marthe aime, et elle est décidé à t’épouser quand sa majorité sera venue. Cela tu dois le savoir? Oui.
ANDRÉ
Je me suis opposé à ce mariage, parce qu’il y a dans ta vie des faits que je blâme.
FERNAND
Pas plus que moi.
ANDRÉ
Ta mère assure, en effet, que tu t'es fort amendé, — d’ailleurs, qui de nous peut dire qu'il n’a rien à se reprocher, — et que tu as pris, si ce mariage a lieu,.la ferme résolution de vivre bien.
FERNAND
C’est vrai.
ANDRÉ
Feras-tu tout ce qui dépendra de toi pour rendre
Marthe heureuse?
FERNAND
Oui.
ANDRÉ
Ta main. (Fernand lui donne la main.) Je ne me souviens que de notre amitié d’enfance; je demande pardon à ta mère de ce que je lui ai dit de toi; je croisàtes regrets et à tes résolutions; je ne m’oppose plus à ton mariage avec ma sœur.
FERNAND, joyeux.
Vraiment?
Je te le dis. Je ne te demande qu’une chose, c’est de me laisser annoncer moi-même cette nouvelle à Marthe. Le chagrin lui étant venu de moi, je veux que ce soit de moi que la joie lui vienne.
FERNAND
C’est convenu.
ANDRÉ
Maintenant nous ne sommes plus seulement des amis, nous voilà parents; nous voilà une seule et même famille. Nous avons à défendre et à Sauvegarder mutuellement et réciproquement notre honneur. Est-ce ton avis?