‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 104 sur 208 · ACTE TROISIÈME. 207 ANDRÉ · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. 207 ANDRÉ

Pourquoi?

BRISSOT

Mais, monsieur le comte, nous ne sommes pas de votre monde, nous sommes de pauvres gens.

ANDRÉ

Vous êtes de braves gens.

BRISSOT

Je suis à votre service, nous demeurons chez vous, on dira.

ANDRÉ

Que voulez-vous qu’on dise?

BRISSOT

Que nous avons surpris votre confiance.

ANDRÉ

Suis-je donc un enfant? Ne sais-je pas ce que je fais? Ne suis-je pas maître de mes actions? A qui ai-je des comptes à rendre, dans ce monde?

BRISSOT

Et ce n’est pas tout : Denise, je vous l'ai dit ce matin même, a dû épouser.

ANDRÉ

Elle a aimé Fernand avec qui je viens d’avoir à ce sujet, devant sa mère, l'explication la plus nette, la plus franche, tout à l'honneur de votre fille. Votre consentement, mon cher Brissot, n’engage en rien mademoiselle Denise. Il me restera toujours à obtenir le sien. Je ne vous demande en ce moment que le droit de lui faire connaître et mes sentiments et mes espérances.

BRISSOT

Tout dépend d'elle, en effet. Quant à moi, monsieur

le comte, que voulez-vous que je vous dise, sinon que je suis le plus ému, le plus étonné, le plus heureux des hommes. Si j'ai été vraiment un honnête homme, comme j'y ai tâché, si nous avons été des braves gens, comme vous le dites, si nous avons eu beaucoup d'épreuves et de chagrins, nous en sommes bien dédommagés. (11 essuie ses yeux.) N'est-ce pas, Jeanne?

MADAME BRISSOT, qui a fait depuis le commencement de cette conversation tous ses efforts pour se contenir, d’une voix saccadée. Oui, oui.

-BRISSOT

Qu'est-ce que tu as?

MADAME BRISSOT

Un si grand honneur! Madame de Thauzette me l'avait cependant fait entrevoir. Il paraït qu’elle connaissait vos intentions, monsieur le comte?

ANDRÉ

En avez-vous déjà parlé à mademoiselle Brissot?

MADAME BRISSOT

Oui, sans rien affirmer; madame de Thauzette pouvait s'être trompée.

ANDRÉ

Avez-vous pu pressentir les dispositions de votre fille?

MADAME BRISSOT, très émue.

Je lui parlais de cela quand on est venu me chercher de votre part; elle n’avait pas encore eu le temps de me répondre. Je me suis doutée que c'était d’elle que vous vouliez me parler. Elle est là, dans cette chambre. Brissot va l’appeler et nous vous laisserons ensemble ; n’est-ce pas, Brissot, il vaut mieux que ce que M. le comte va lui dire soit dit sans que nous soyons là? Elle est timide, renfermée ; devant nous, elle ne répondrait peut-être pas comme elle doit répondre. En tout cas, monsieur

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