ACTE QUATRIÈME
et de façon qu'il ne puisse y avoir dorénavant aucun malentendu entre nous. Je vous jure, Brissot, que j'ignorais ce qui s’est passé. Fernand a été très coupable; mais il était bien jeune : je l’ai trop aimé. Ce n’est pas une raison pour me le tuer. (Les larmes la gagnent de nouveau.) Vous me l’avez renvoyé meurtri, respirant à peine. Il aurait pu se défendre, il ne l’a pas fait.
BRISSOT
Il a eu tort : ce serait fini maintenant.
MADAME DE THAUZETTE.
Il attend dans ma chambre le résultat de notre entrevue ; dès que je l’en aurai informé, il partira. Sa place n’est plus ici. Mais soyez tranquille, il fera ce que vous exigez: il ne se dérobera pas à ses obligations.
BRISSOT, à madame Brissot.
Va prier M. de Bardannes et M. Thouvenin de vouloir bien assister à la conversation que nous allons avoir. Madame Brissot sort.
MADAME DE THAUZETTE.
Je comprends que vous fassiez venir Denise, bien que sa présence soit presque aussi pénible pour moi que pour vous, mais qu'est-ce que M. de Bardannes et M. Thouvenin ont à voir dans toute cette affaire ?
BRISSOT
Ils ont à être témoins de ce qui va se passer entre nous et qui est chose très sérieuse, de façon que, le jour où l’engagement que vous allez prendre ne serait pas tenu, comme je tiendrais, moi, celui que j'ai pris, ces deux hommes pourraient déclarer que je n’ai fait que ce que j'avais le droit de faire.
J'ai à vous prévenir que je n’ai que peu de fortune, Je
ne pourrai donner à mon fils qu’une très modeste pension.
BRISSOT
Tant mieux ; il sera forcé de travailler, ce qu’il aurait dû faire plus tôt. Quant à sa femme, elle travaillait; elle reprendra ses habitudes d’autrefois.
MADAME DE THAUZETTE.
Quand il sera marié, je ne réponds plus des suites d’un mariage contracté dans de pareilles conditions.
BRISSOT
Jen réponds, moi. Tant que je vivrai, votre fils se conduira bien, et je vivrai encore quelque temps, du moment que je ne suis pas mort il y a une heure. (André et Thouvenin entrent.) Je vous demande pardon, messieurs, de m'être permis de vous déranger, mais je tiens absolument à ce que vous soyez témoins tous les deux de ce qui va se passer ici. (Denise entre d'un autre côté avec sa mère.) Monsieur le comte, vous m'avez fait l’honneur de me demander la main de mademoiselle Brissot. Elle vous a avoué ce qu’elle n’avait jamais cru devoir me dire à mo, qu’elle n’était plus libre. Vous reprenez donc votre parole, monsiet: ‘le comte, comme je reprendrais la mienne, si j'étais à votre. place. C’est avec M. de Thauzette que mademoiselle Brissot avait pris des engagements secrets, et madame de Thauzette vient réclamer des droits de priorité et me demander pour son fils la main de ma fille. (A madame de Thauzette..) Est-ce vrai, madame?
Cest vrai. Mon cher Brissot, j'ai l'honneur de vous demander, ainsi qu’à mon amie madame Brissot, la main de votre fille pour mon fils.
MADAME BRISSOT, bas, à Denise,
Du courage