TIN DE DENISE
Puys, 1884
« Doit-on le dire? » Cet heureux titre donné par Labiche à une de ses comédies les plus originales et les plus fines, aurait pu, pris dans un autre sens, être le titre de Denise. Les deux situations les plus importantes de l’ouvrage répondent à cette question. Une fille qui a commis une faute ignorée de tous, doit-elle en faire l’'aveu à l’homme qui veut l’épouser et qu’elle aime ? Un homme qui a été l'amant d’une jeune fille, le jour où son meilleur ami, son frère, veut épouser cette jeune fille, doit-il lui avouer la vérité, si cet ami, si ce frère, ayant des soupçons, la lui demande? Il y a là deux cas de conscience des plus intéressants que je voulais depuis longtemps, comme on à pu le voir dans les préfaces et les notes du Demi-Monde et de Monsieur Alphonse, poser devant le public.
Évidemment ou la jeune fille doit tout avouer à l’homme dont elle va porter le nom ou elle doit lui refuser sa main sans lui donner les raisons de son refus, car son secret est à elle; elle l’a payé assez cher pour que rien ne la force de le livrer à qui pourrait le trahir. Évidemment, moins évidemment cependant, un homme qui a été l'amant d’une femme, d’une femme qui s’est donnée et non vendue, doit sauver aprés, même par le mensonge, l'honneur de cette femme qu'il n’a pas su respecter quant. À la question qui lui sera posée par qui
se croira le droit de la lui faire, un ami dont il aura reçu un grand service, un frère dont il n’aura reçu que des témoignages d'affection, il devra jurer que cette femme est innocente. Qui a établi ce prineipe ? Il suffit de l’énoncer dans les termes où je viens-de le faire, pour que notre conscience hésite. La conséquence ne nous paraîtra pas aussi absolue, aussi irréfutable dans ce second cas, concernant le droit et le devoir de l’homme . que dans le premier cas, concernant le droit et le devoir de la femme. Nous nous disons : « Si mon meilleur ami, si mon frère me disait : « Jure moi que tu n’as pas » été l'amant de cette femme et je l'épouse, » mon devoir serait de lui dire la vérité. Je n’aurais pas le droit, quelque engagement tacite que j’eusse pris dans l'amour de trahir à ce point l'amitié, la vérité, la morale, et d’exposer par un mensonge, celui dont je n’aurais reçu que des témoignages d’estime et de tendresse, à toutes les catastrophes, à tous les désespoirs d’une alliance indigne de lui. Ce sont donc, je le répète, ces deux cas de conscience auxquels javais touché dans le Demi-Monde et dans Monsieur Alphonse et que quelques-uns me reprochaient de n’avoir pas complètement résolus, surtout dans la dernière pièce, ce sont ces deux cas de conscience que j'ai voulu juxtaposer et résoudre bien nettement dans Denise. Denise fait moralement ce qu’elle doit faire, en refusant d’épouser M. de Bardannes ; M. de Thauzette fait socialement ce qu’il doit faire en jurant à M. deBardannes qu’il n’a pas été l'amant de celle que celui-ci veut épouser. La première est dans l'honneur absolu, le second n’est plus que dans l’honneur relatif, secondaire pour ainsi dire. Y-a-t-il des degrés dans l'honneur? Tout est là. La faute que Denise a commise n’a pas entamé sa conscience, la faute que Fernand a commise en séduisant Denise et en l'abandonnant le condamne à cette seconde faute de mentir à son ami pour cacher la sienne. Et cependant, la seule chance qu’il ait, vis-à-vis
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de lui-même, de réparer un peu ses torts vis-à-vis de sa victime, c’est de faire le mensonge qu'il fait. Le voyezvous, après tous les dommages qu'il a causés à cette fille, le voyez-vous disant à celui qui l'aime : « J'ai été son amant. » Il serait monstrueux et de public le huerait, dans ce premier mouvement, sous cette première impression auxquels les hommes réunis ne résistent jamais. Regardez ‘bien pourtant. Après ce qui vient de se passer entre lui et M. de Bardannes, après les preuves de confiance que son ami vient de lui donner, jusqu’à lui pardonner ses fautes d'autrefois, jusqu’à lui accorder la main de sa sœur et faire ainsi de lui son frère, l'honneur, le vrai honneur ne commandait-il pas à M. de Thauzette de dire la vérité? Il ne le peut pas; c’est là son châtiment; il faut qu'il mente toujours. Ce mensonge qui, selon les conventions de [a morale mondaine, est la seule bonne action de sa vie, est justement ce qui va lui en faire perdre tous les bénéfices.
Sans cet incident du mariage de Fernand avec Marthe, jamais Denise n’avouerait à M. de Bardannes ni qu’elle l'aime ni qu'elle a commis une faute. Elle refuserait de se marier en le laissant ainsi croire qu’elle ne l’aime pas, en le laissant même supposer tout ce qu’il voudrait. Du moment qu’elle n’accepterait pas d’être sa femme, elle n’aurait pas de comptes à lui rendre. Elle est exceptionnellement loyale. Je la voulais ainsi pour qu’elle : eût droit au dénouement.
Je ne serai pas d’une sévérité excessive pour le sexe auquel elle appartient, en disant que beaucoup d’autres
à sa place n’avoueraient pas et se marieraient tout de même, en appelant à leur aide toutes les supercheries possibles, y compris celles que la science des praticiens et la naïveté et l'amour-propre de l'époux peuvent mettre à leur disposition. Si j'appartenais à l'école naturaliste pure, je traiterais ce sujet en entrant dans certains dé-
tails d’où sortirait triomphante cette phrase que m'a
dite un jour un grand docteur: « Les virginités que nous refaisons sont plus-solides et plus concluantes que celles de la nature, » je pourrais, d'autre part, à l'appui de la thèse que je soutiendrais, aller chercher des arguments jusque dans le casuisme de l’Église. Laissons tout cela de côté. Contentons-nous de reconnaitre que sur cent jeunes filles, bien nées, ayant eu un amant, comme Denise, il s’en trouvera peut-être quatre-vingts (c’est beaucoup), qui aimeront mieux ne pas se marier que. faire l’aveu en question, ignorantes qu’elles seront des moyens à employer pour cacher cette faute, sans quoi elles emploieraient ces moyens et se marieraient sans le moindre scrupule. Il y en aura dix-huit ou dix-neuf qui, connaissant ces moyens ou renseignées à propos par leur mère, par une amie, par l'amant lui-même, ou comptant sur leur dextérité et sur l’aveuglement de l'homme amoureux, se marieront quand même, toujours sans rien dire. Il ÿ en aura une ou deux au plus qui avoueront naïvement, loyalement, bêtement et qui s’en repentiront éternellement. Quant aux veuves qui auront eu un ou plusieurs amants du vivant de leur mari ou après sa mort, quelques moyens que vous employiez : appels. à leur probité, à leur honneur, à leur amour, à leur conscience, prières, supplications, menaces, larmes, promesses de pardon et d’oubli, tout sera inutile ; pas une n’avouera. Rien ne fait avouer à une femme qui a appartenu légalement à un homme qu’elle a appartenu volontairement à un autre, tant qu’on ne peut pas la confondre avec une preuve matérielle. Cetté preuve faite, elle déclare que, si elle a menti, c’est par amour pour vous, pour ne pas vous faire de peine. À quoi servirait un mari, si en mourant, il n’emportait pas avec lui toutes les fautes du passé, du présent et même de l’avenir de sa femme ? Sans compter qu’aumoment du second mariage, celle-ci à pu avoir des scrupules. Le cas est prévu; le confesseur est là, qui ne lui aura pas enjoint
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de tout dire au second époux. Vous lui demandez d’ayouer sa faute, éh bien, c’est faït, et elle a recu l’absolution; qu’avez-vous à lui réclamer? Ça ne la regarde plus, ni vous. Là-dessus, n’espérez pas que les femmes consentent jamais à la ruine d’ane religion où, dans leur lutte avec l’homme, elles ont le prêtre pour auxiliaire et Dieu pour complice.
Denise n’est ni de celles qui trompent ni de celles qui avouent ; elle ne veut courir la chance ni des reproches ni de la pitié; elle est de celles qui préfèrent se sacrifier à tout jamais, dussent-elles mourir de leur sacrifice, plutôt que de rougir une seconde devant l’homme qu’elles estiment et qu’elles aiment. Elle ne livre son secret que, parce qué, si elle le garde, celui qui l’a Séduite ét abandonnée va faire une nouvelle victime et que cette victime séra la sœur de celui pour qui elle donnerait sa vie. Au lieu de s’immoler obseurément et silencieusement, elle s’immole avec éclat, irréparablement, elle le croit du moins, pour sauver Marthe, et c'est ce qui la rend digne du sacrifice que M. de Bardannes fera à son tour en l’épousant à la fin. Car il accomplit là un rude sacrifice, il ne faut pas se le dissimuler. Pourquoi l’ai-je imposé à M. de Bardannes ? Parce que la situation est toute particulière ; parce que, à partir du moment où Denise a avoué sa faute à André pour sauver l'honneur dé Marthe, élle a reconquis le sien, et qu'André lui doit une réparation. Elle lui a donné la plus grande preuve de générosité, de droiture, d’abnégation, d’amour, qu'une femme puisse donner à un homme. Nous ne sommes plus dans les contre-coups de la passion, nous sommes dans les obligations de la conscience. Pour sauver votre sœur, cette fille vient de désespérer à jamais sa mère, de se faire maudire et chasser par son père qui en mourra de chagrin. Qu'est-ce que vous allez faire pour elle en échange, vous qui l’aïmez, vous à qui elle vient de prouver qu’elle vous aime ?
Thouvenin va nous le dire, dans une tirade qui est longue, je le reconnais; (elle dure quatre minutes et demie, le temps qu’il faut pour aller de Paris à Asnières par un train express;) c’est une conférence, tout ce que vous voudrez, mais il faut en dire long à un homme et surtout à un homme du monde pour le convaincre et le décider en pareil cas. Si nous n'avions affaire, comme dans Claudie, avec laquelle Denise a tant de ressemblance que j'ai été dix fois sur le point d'abandonner mon sujet pour ne pas être soupçonné d’avoir dérobé et démarqué le linge de madame Sand, si nous n'avions affaire, dis-je, comme dans Claudie, qu'à des paysans, il n'y en aurait pas si long à dire. Ce sont là accidents et dénouements fréquents dans les mœurs des gens de la campagne. Mais nous avons affaire à un homme du monde et du meilleur monde. C'était ce que je voulais, et c’est ce changement de milieu et d’atmo- Sphère qui m’a permis de côtoyer madame Sand tout le long de la pièce, sans mettre jamais le pied dans son champ. Tant qu’il y aura des hommes qui, pour une raison ou pour une autre, épouseront des femmes qu’ils sauront avoir eu un amant, le sujet restera nouveau et à la disposition de tous, à la condition d'en tirer des conclusions nouvelles. Tout ce que dit Thouvenin est irréfutable. Aussi quand Denise va franchir le seuil de la porte pour s’en aller au couvent, André ne s’écrie pas: «Restez, je vous aime ; » ils’écrie: «Je ne peux pas! » C’est la conscience qui s’impose. Ilest impossible à cethomme d'honneur d’accepter un aussi grand sacrifice sans en. faire un aussi grand lui-même, L'amour, la passion sont
très intéressants et très dramatiques, mais la conscien ce, iout aussi intéressante, tout aussi dramatique, leur est mille fois supérieure. C’est ce que j'ai essayé de démontrer dans {a Princesse de Bagdad que je sauve, dans Denise que je rachète, dans Francillon que je préserve, et dans toutes mes autres pièces d’ailleurs, si je me les
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rappelle bien. Nous qui avons la prétention de parler
aux hommes assemblés, ayons au moins l’excuse de l'idéal, et persuadons-nous que nous pouvons les rendre
plus désintéressés, plus justes, plus intelligents et par
conséquent plus heureux. Empêcher de choir ou tâcher de relever, telle est la thèse éternelle qu’on me reproche et dont je me vante.
Maintenant on m’a demandé souvent si M.de Bardannes ne regretterait pas ce qu’il a fait et s’il serait heureux? Qui de nous ne regrette rien de ce qu’il a fait? Qui de nous peut se dire heureux au milieu de ce triangle fait du passé, du présent et de l'avenir? Les causes de regret, de chagrin sont diverses, d'ordre différent et même contradictoire, mais elles sont partout. Si M. de Bardannes a l’âme aussi haut placée que celle dont il a fait sa femme, il ne regrettera rien, et ils seront heureux ensemble, étant admise cette vérité que le plus grand bonheur dont on puisse jouir en ce monde c’est d’avoir fait ce qu’on devait faire. Que ceux qui pensent autre. ment que moien ces matières fassent une comédie ou un drame sur les funestes conséquences d’un pareil mariage, je ne les empêche pas. Il ne manquera pas de gens pour être de leur avis si leur pièce est bonne, à commencer ‘par cette grande dame qui m'interpella éout haut, en plein salon, de ce ton que les femmes de son monde croïent péremptoire. Après les compliments d'usage, elle lança cette phrase : «Maintenant, permettezmoi de vous demander, cher monsieur Dumas, quelles seront les femmes que recevra ce monsieur qui à épousé la maîtresse d’un autre monsieur ? — Les mêmes femmes, répondis-je à cette dame, que recevait Pierre le Grand après avoir épousé la maîtresse de Mentschikoff et
. Bonaparte après avoir épousé la maîtresse de Barras. »,
La pièce obtint un succès éclatant. Si je me sers de cette épithète, c’est que je sais la part énorme qui revient dans ce succès aux interprètes qui semblaient tous faits
exprès pour les personnages qu’ils avaient à représenter. Tout ce que le rôle de Denise contenait de dangereux était sauvé d'avance par la distinction, la réserve, la loyauté, en même temps que par l’infaillible science de la comédienne qui en était chargée. - Une intonation équivoque, un geste vulgaire, une robe dont la coupe ou la couleur eussent fait lever une seule lorgnette et demander le nom de la couturière, le personnage était immédiatement compromis, incriminé, déclassé; sa faute était attribuée à une autre cause que celle qu’il donnait, la sympathie du spectateur lui faisait immédiatement défaut. Maïs quand une femme a le goût, la tenue, La’ discrétion, avec La voix et le regard de mademoiselle Bartet, le secret qu’elle cache ne peut être que touchant, respectable, sacré. Mademoiselle Bartet rendait inévitable, irrésistible, l’absolution de cette faute. Elle a eu dans la scène de l’aveu deux ou trois cris où Vâme dégagée de toute souillure jaillissait pour ainsi dire, transfigurée et transparente, dans toute son innocence première. Si le public a donné son consentement au mariage de M. de Bardannes avec Denise c’est à mademoiselle Bartet que la pièce le doit.
Le plus grand éloge que l’on puisse faire de tous ces comédiens hors ligne, c’est que l’on peut écrire une pièce, dix pièces pour le Théâtre auquel ils appartiennent sans se préoccuper une minute des interprètes indispensables à ces pièces. On sait qu’ils y sont. L'auteur n’aura pas à adapter ses caractères à la spécialité des comédiens, il est sûr que leur talent se pliera à toutes les exigences du texte avec une facilité et une souplesse incomparables, je dirais presque incompréhensibles. Ça toujours été et c'est encore pour moi, après quarante ans d'exercice, un sujet d’étonnement et d’admiration, que cette faculté chez le même artiste de se transformer si complètement dans l’expres- Sion des sentiments humains. Je vois Got, par exemple,
dans e Médecin malgré lui, ou dans Sganarelle, je le vois, le lendemain, dans l'abbé d’Il ne faut jurer de rien, puis dans Maître Guérin, puis dans Les Plaideurs, puis dans les Caprices de Marianne, puis dans Denise. Pas un de ces personnages si divers, si opposés ne déteint sur l’autre. Il est aussi absolument les deux Sganarelle, l'abbé, le père Guérin, l’Intimé, Claudio, Brissot, que si chacun de ces rôles était tenu par un comédien particulier, d’une forme différente de la sienne, d’un talent égal au sien. Comment fait-il? Quand je yois Coquelin dans l'Etourdi ou dans les Fourberies de Scapin, je puis prévoir ce qu’il sera dans le Légataire universel, mais rien dans la composition de ces trois rôles ne fera même supposer qu'il pourra jouer le duc de Septmonts. À ce point, comme je l’ai raconté autre part, que lui-même ne s’y croyait pas apte, et qu’il déclarait w’avoir rien de ce qu’il fallait pour représenter ce personnage qu'il a incarné des pieds à la tête et jusque dans les moelles. Comment s’y est-il pris pour arriver à cette transformation absolue? Comme il s’y prendra ensuite pour être le Labussière de Thermidor et le Pétruccio de la Mégère; comme s’y prendra le Febvre del’Ami Fritz, du Fabrice de l’'Aventurière, du Don Salluste de Ruy Blas pour devenir le Clarkson de l'Étrangère, le Riverolles de Francillon, le duc de Guise d'Henri III, l’Olivier de Jalin du Demi- Monde ; comme s’y prendra Worms pour être Charles Quint et Henri II, et, jetant tout à coup ses deux couronnes, pour devenir le plus tendre et le plus passionné des amants avec M. de Bardannes et Le plus sceptique et le plus railleur des hommes du monde avec Stanislas de Grandredon. Et quand ce ne sont pas ceux que je viens de nommer ce sont les Monrose, les Samson, les Régnier, les Geffroy, les Provost, les Bressant, les Delaunay, les Barré, les Thiron, les Mounet-Sully. Quant aux femmes ; on les appelle Mars, Rachel, les deux Brohan, Anaïs, Plessy, Sarah Bernhardt, Reichemberg, Croizette, Pier-
son, Bartet, Granger, Samary, et cette belle Marsy que sa dernière création de {a Mégère vient de faire entrer dans la famille. 11 m’est arrivé plusieurs fois, pendant les : ‘ représentations de Denise, de venir écouter, dans un des coins obscurs de l’orchestre, la scène du deuxième acte entre mademoiselle Bartetet mademoiselle Reichemberg, et la première scène du quatrième acte entre Got et. madame Granger, comme je serais venu entendre de la
musique, abstraction faite, bien entendu, de ma vanité
d'auteur. C'était la vérité même, prise sur le fait.
Ce n’était plus la scène, c'était la vie. Autrement dit, ily
a là une grande et bonne maison, unique dans son genre,
qu’il faut bien se garder de désorganiser; il y a là une
tradition d’art qu’il faut conserver à tout prix, cet art
. du théâtre étant véritablement notre art national, celui
où nous sommes sans rivaux, depuis plus de deux
siècles. C’est bien peu de chose, disent certains critiques.
« Gloire d’histrions! Triomphes de bateleurs? Apo-
théose de cabotins! Un grand pays comme la France
peut-il se contenter d’amuser les autres? » Ça vaut toujours mieux que de les ennuyer d’abord, et ce qui
prouve que les autres peuples voudraient bien en faire
autant, c’est qu’ils s’assimilent tant qu'ils peuvent notre
littérature dramatique, en attendant qu’ils en aient une... Quand la civilisation fera ses comptes, qui sait si elle
ne s’apercevra pas que ces amuseurs de foules qui peu-
vent se réclamer de Corneille, de Racine, de Molière, de
Beaumarchais, de Hugo, de Musset et de quelques autres,
ont plus fait pour elle que tous les politiques qui ont
la prétention de mêner le monde.
Marly-le-Roï, mars 1892,
PIÈCE EN TROIS ACTES
Représentée pour la nremière fois
à Paris, sur le Tuéarae-Français, le 17 janvier 1687.
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