CORP ET ET
RICHARD
Æt votre mari?
ni pe
LIONNETTE, sincère.
» Oh'luil! c’est autre chose, je le hais. mais je le hais : bien. par exemple.
RICHARD
Et votre enfant ?
LIONNETTE
Je vois où vous voudriez en venir, mon cher monsieur Richard. vous voudriez m'attendrir. Touchez mes mains, elles sont froides ; écoutez ma voix, elle ne tremble pas ; si vous mettiez la main sur mon cœur, vous verriez qu'il ne bat pas une pulsation de plus qu’à l’ordinaire. Vous espérez encore qu’il y a du remède à ce qui est arrivé. il n’y en à pas... il ne peut pas yen avoir. S'il y en
avait un, je le repousserais. Voulez-vous que je vous ouvre le fond de mon âme? Je mérite ce qui m'arrive. Jaccusais souvent ma mère, parce que les coupables accusent toujours quelqu'un des fautes qu’ils commettent, mais je ne vaux pas mieux qu'elle. Il y a trop de mélanges en moi, et je deviendrais folle à tenter de m'y reconnaître. Je suis tout logiquement ma destinée. Je ne serai pas la première qui aura porté la honte comme un panache, surtout dans ce temps-ci, et qu'est-ce que cela changera dans le monde ? C'était à moi d’être économe ou laide! Ces deux hommes, qui se haïssent et qui s’entendent pour me perdre, valent encore mieux que moi, puisqu'ils aiment, que l’un souffre et que l’autre désire, tandis que je ne désire plus rien, que je ne souffre plus de rien, et que ce dénouement va paraître tout naturel à tous ceux qui m’auront connue. C’est
76 ù LA PRINCESSE DE BAGDAD.
horrible; c’est monstrueux... c’est comme cela, et je vous le dis parce que, grâce à Dieu, je n’ai plus personne à tromper. Et, là-dessus, je vais au vice que je n’aime pas plus que le reste, comme je suis allée au mariage et à la maternité, sans savoir pourquoi. Pas de cœur! pas de cœur, voilà le fond. Créature de luxe et de plaisir. Vous me demanderez alors pourquoi je ne me tue pas, pourquoi je ne m’achève pas, c’est le mot? ce serait plus vite fait et cela simplifierait tout. Hier, j'étais prête à mourir pour éviter le déshonneur. Aujourd’hui, à quoi bon? Je suis déshonorée. Qu'est-ce que vous voulez que je tue en moi ? Rien n’y vit, etil paraît que je peux encore donner le plaisir, l'amour, le bonheur peut-être. Vous vous dites que tout cela est impossible parce que vous vous rap= pelez votre mère, votre femme, vos enfants à vous. Oui, il y a, en effet, des mères, des femmes, des enfants... et puis il y a des êtres qui ont ces mêmes formes et qui portent ces mêmes noms, mais qui ne sont pas la même chose... Qu'est-ce que vous désirez encore savoir?
RICHARD
Je ne discute pas; seulement embrassez votre fils une dernière fois.
Pourquoi le déranger ? Il joue sans doute.
RICHARD
Je vais le chercher.
LIONNETTE
Non, je vous en prie. (Richard marche vers la chambre.) Je ne le veux pas.
Le domestique parait.
LE DOMESTIQUE
M. Nourvady demande si madame la comtesse peut Le recevoir.