ACTE DEUXIÈME
MARTHE
* Je n’ai pas besoin de l’interroger; je sais ce que je dois savoir.
ANDRÉ
Sur lui?
MARTHE
Et sur elle.
ANDRÉ
Explique-toi. (Marthe se tait.) Enfin où veux-tu en venir? Tu comprends, ma chère Marthe, que des conversations comme celle que nous avons en ce moment ne sauraient se renouveler. Ce ne sont pas là les relations qui peuvent et doivent exister entre un frère et une sœur de notre âge et de notre condition. Je ne sais qui, ou plutôt je sais trop qui t’a monté ainsi la tête contre moi et mademoiselle Brissot que je considère toujours comme une compagne digne de toi. Tu n’en juges pas ainsi, vous ne pouvez donc pas rester ensemble.
Renvoie-la!
ANDRÉ
Elle n’a rien fait pour être renvoyée. Bt puis, elle n’est pas de celles qu’on renvoie. Elle est la fille d’un homme très honorable, très dévoué, qui me rend de très grands services, d’une femme qui tient ma maison de la manière la plus convenable. Ce n’est que par reconnaissance pour moi d’abord, par affection pour toi ensuite qu’elle a consenti à se COnSacrer entièrement à toi, ce dont tu la récompenses bien mal. Si tu ne veux pas qu’elle reste dans ton intimité, si tu ne veux pas avoir pour elle les égards auxquels elle a droit, il faut prendre un parti tout de suite. Je ne saurais, pour un caprice de petite fille dont rien ne motive la mauvaise humeur et l'ingratitude... (Mouvement de Marthe.) je dis ingratitude !.…. cest le seul mot applicable à tes sentiments pour une
personne qui ne t’a donné que des preuves de dévouement, je ne saurais, dis-je, me séparer de gens que j’estime et pour qui cette séparation serait une injustice et
une ruine.
MARTHE
Alors?
ANDRÉ
Alors, ma chère enfant, puisque l’épreuve que j'ai tentée de notre vie en commun ne réussit pas, puisque … tu ne veux plus de la société de mademoiselle Brissot, puisque tu veux épouser un homme que je ne trouve pas digne de toi, et puisque, enfin, tu me prouves que tu as besoin d’être surveillée par d’autres que par toimême, je crois que le mieux est que tu retournes au couvent, comme tu le disais tout à l’heure. Tu n’as plus longtemps à attendre ta majorité. À ce moment, — ce que madame de Thauzette t’a appris sans doute, — tu seras absolument libre et maîtresse de toutes tes actions et tu pourras disposer de toi comme tu l’entendras. Jusque-là il est de mon devoir de faire tout mon possible pour empêcher une chose dont tu pourrais souffrir toute ta vie.
MARTHE
Elle est arrivée à ses fins.
ANDRÉ
Ce qui veut dire ?..
MARTHE
Que tu aimes mademoiselle Brissot, qu’elle le sait, qu’elle veut que tu l’épouses, qu’il n’y a rien à dire sur elle, paraït-il, de ce qu’il y a à dire sur d’autres, et qu’elle me fait renvoyer de la maison où elle veut être maitresse, C’est pour cela que je préfère retourner au couvent.
ANDRÉ
Quand veux-tu que nous partions?