‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 90 sur 208 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MARTHE

Vous avouez donc.

Je n'ai rien à avouer, à vous moins qu'à personne. Je vous réponds sur le ton que vous prenez avec moi. Les preuves d’affection et de tendresse que je n’ai cessé de vous donner, vous les reconnaissez par la défiance et par l’insulte. Rien ne vous a donné le droit de me traiter ainsi et je ne le permettrai pas. Vous ne voyez pas l’intérêt que d’autres personnes ont à vous tromper, et votre imagination que l’on trouble s’amuse à je ne sais quel roman, où votre cœur n’est pour rien et où peuvent sombrer votre bonheur et votre dignité. Je le sais, je le vois, je ne le veux pas. Votre frère, à qui nous devons tout, vous a confiée à moi, et tant qu'il ne m’aura pas relevée de cette charge qui me fut douce si longtemps, qui me reste sacrée, je ferai mon devoir. Une heure après que vous aurez quitté cette maison, je la quitterai à montour, n'ayant plus rien à y faire. Mon père travaillera, ma mère travaillera, je ferai des robes dans une mansarde, je courrai le cachet comme autrefois, je chanterai sur les tréteaux, comme dit madame de Pontferrand, mais je n'aurai pas contribué à vous perdre, j'aurai tout fait pour vous sauver, et je vous sauverai, Je vous le jure, fût-ce aux dépens de ma vie et même de

mon honneur. Adieu, mademoiselle !

Elle sort.

MARTHE, seule.

Oh ! je suis une méchante fille !.…

Page 1