‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 96 sur 208 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

des scandales publics de l’autre, encore de la misère pour vous trois, et du désespoir pour tout le monde; tout cela, parce que Denise ne veut pas faire ce qu’elle a tant d'intérêt à faire: se taire. Satin bleu! comme disait le curé de mon village ; quand les alouettes nous tombent ainsi toutes rôties du ciel, mangeons-les donc bien vite, pendant qu’elles sont chaudes!

MADAME BRISSOT

Je comprends, chère amie, l'intérêt que vous avez à ce qu'aucun de nous ne dise à mademoiselle Marthe ou à M. de Bardannes que Fernand est un homme qui manque à sa parole, car il avait juré d’épouser Denise, vous le savez bien, et il ne l’a pas fait. Mais vous avez raison, ne parlons plus de cela. Rien, dans la conduite de M. de Bardannes, n’a révélé le sentiment que vous avez surpris, rien dans notre conduite à nous n’a tendu à le faire naître. Toute ambition au delà de ce que nous avons recu de M. de Bardannes serait de l’ingratitude, toute intervention directe ou indirecte de notre part dans ses affaires de famille, de même que tout mensonge, si nous sommes questionnés, serait de la trahison et de la perfidie. Attendons. Quoi qu’il arrive, Denise, j'en réponds, fera ce qu’elle devra faire.

Elle chancelle et instinctivement saisit la main de madame de Thauzette. MADAME DE THAUZETTE.

Qu'’avez-vous ?

MADAME BRISSOT

Rien, j'ai cru que j'allais tomber. Il y a des moments où il me semble que la terre tourne trop vite. Voici le comte, je m’éloigne. Je parlerais peut-être devant lui de choses dont je ne veux pas parler. (A part.) On me rendra

folle.

Elle sort

SCÈNEII MADAME DE THAUZETTE, ANDRÉ.

MADAME DE THAUZETTE, à part.

Allons ! jouons le tout pour le tout. (A André qui entre, Mon cher ami, je venais vous dire adieu.

ANDRÉ

Vous partez?

MADAME DE THAUZETTE.

Avec Fernand.

ANDRÉ

Pourquoi ?

MADAME DE THAUZETTE.

Vous le demandez? Comment voulez-vous que nous restions ici après la réponse que vous avez faite à ma demande, après la scène que vous avez eue avec votre

sœur, et qu’elle m’a racontée. Il est impossible de mettre plus clairement les gens à la porte.

ANDRÉ

Cest votre faute.

MADAME DE THAUZETTE.

Ma faute?

ANDRÉ

Ne discutons pas.

MADAME DE THAUZETTE.

Adieu alors.

| ANDRÉ, lui donnant la main.

Adieu.

Fernand va venir aussi prendre congé de vous; je l’attendais. Quant à Marthe...

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