SCÈNE VI JENNY, HALIFAX
JENNY
Eh bien, mon ami?
Eh bien, ma chère petite femme, depuis que j'ai quitté le Tillagf^ de Stannington, il s'est passé bien des chostîS.., J'ai eu une jeunesse orageuse... très-oregeuse, même... 11 y a beau-
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coup d'événomrnts que j'avais oubliés... Mais il y a des gens qui ont eu meilleure mémoiiT que moi... de sorte que, dans ce moment-ci, on m'attend à Londres...
JENNV.
On t'allend ?... et pour quoi faire?
HALIFAX
Ah ! voilà... voilà ce que je ne sais pas précisément... Cependant, comme tu comprends bien, je deviue que ce n'est pas pour m'y porter en triomphe... Je vais probablement avoir un procès.
JENNY
Long?...
HALIFAX
Je l'espère... Or, comme, selon toute probabilité, le procès sera assaisonné d'un peu de prison... de beaucoup de prison, même, tu comprends que, pendant ce temps-là, je ne me soucie point de te laisser exposée aux aimables galanteries de monseigneur.
JENNY
Oh ! comment peux-tu craindre...?
HALIFAX
Je crains tout... Je désire donc que tu quittes l'Angleterre.
Et où irai-je, mon Dieu?
HALIFAX
Tu iras en France.
Et, là, je t'attendrai?
JENNY
HALIFAX
Oui, tu m'attendras... Je vais te donner une lettre pour la pauvre chère femme qui m'a élevé... Tu lui diras que j'ai été toule ma vie un assez m.auvais garnement, attendu qu'elle m'a prodigieusement gâté, cette bonne Gertrude, et que j'ai admirablement profilé de la détestable éducation \|U'elle m'a donnée... Dis-lui que cette éducation m'a mené loin. . et va peut-être me conduire assez haut!... Si l'on ne me retient pas à Londres... et il faudra qu'on m'y retienne bien fort pour que J'y reste... j'irai te rejoindre... Cependant, si tu ne me voyais pas de quelque temps, ne sois pas inquiète... Si tu ne me revoyais pas de longtemps, prends patience. Enfin, si tu
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ne me revoyais pas de très-longtemps, de... jamais, par exemple... eh bien, ne te désole pas trop.
JENNY
Ah!...
HALIFAX
Pense seulement quelquefois à ton ami d'enfance, â ee hon James, à ton mari, ce pauvre Halifax, que tu avais déjà plus d'à moitié corrigé, et que tu aurais fini par rendre honnête homme tout à fait... si le bon Dieu t'en avait donné le temps. Allons, allons ne pleure pas ; cela ne sert à rien, qu'à m'attendrir moi-même... et voilà... liens... Oh! mais c'est béte comme tout, cela ; je n'y verrai plus pour écrire.
JENNY
Oh I mon Dieu ! mon Dieu !
HALIFAX
Et tu comprends, il y a des circonstances où l'on a besoin de tout son sang-froid. Ainsi, c'est convenu, aussitôt que je serai parti pour Londres, tu pars pour la France, sans même attendre de mes nouvelles, cela te retarderait trop. Tu vas trouver Gertrude, et, comme tu n'as pas beaucoup d'argent, qu'elle n'en a guère, et que, moi, je n'en ai pas du tout, prends ces bijoux, qui, si je ne me trompe, doivent valoir pas mal de guinées.
JENNY
Qu'est-ce que c'est?
HALIFAX
U» collier; tu peux le vendre, il est bien à nous; je le paye assez cher pour cela... Ainsi, n'aie pas de scrupules; tu peux dire qu'il est à toi, bien à toi !... Quant à moi...
JENNÏ.
Tu sors .? où vas-tu ?
HALIFAX
Je vais écrire ta lettre pour Gertrude; il n'y a ici ni plume, ni encre, ni papier... D'ailleurs, ma pauvre petite... la, vraiment, j'ai besoin d'être un instant seul... un instant, puis je reviens, (a pan, et tirant sa montre.) Je n'ai plus qu'un quart d'heure. (Haut.) Au revoir donc... Embrasse-moi encore une fois... C'est peut-être la dernière. Allons, allons, du courage; attends-moi.
(Il entre dans la chambre à ganclie.)
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